L’échec cinglant de Viktor Orbán et de son parti, le Fidesz, aux législatives hongroises de dimanche voit l’Europe pousser un ouf de soulagement. Sans gloire, car on ne peut pas dire que les blocages imposés depuis seize ans par le premier ministre sortant, ni ses attaques contre l’Etat de droit, aient été combattus avec beaucoup de vigueur. L’Union européenne s’est montrée tétanisée par le volontarisme du leader ultraconservateur, soutenu par Vladimir Poutine. L’homme fort de Budapest a pu ériger un mur anti-refugié·es et laisser les abus policiers devenir la règle, malgré les dénonciations des ONG. Les protestations de façade et quelques sanctions financières n’auront empêché ni la répression des minorités, notamment LGBTIQ+, ni les atteintes à l’indépendance de la justice et à la liberté des médias. Pas plus qu’elles n’auront freiné la concentration du pouvoir dans les mains d’un seul homme.
Qu’une telle dérive illibérale et autocratique ait pu prospérer doit questionner l’Union européenne. Même si l’on se fait peu d’illusions sur l’attachement sincère de la Commission européenne et de la majorité des chancelleries du continent aux valeurs démocratiques dans lesquelles elles se drapent. Leur complaisance écœurante avec l’Etat génocidaire d’Israël fournit un indicateur du poids du droit face aux intérêts économiques et stratégiques.
N’empêche, le soulagement est grand. Tant pour la population hongroise – à commencer par sa jeunesse, fortement mobilisée –, que pour tout un continent mis sous pression. Cheval de Troie tant de l’influence russe que de celle des Etats-Unis de Trump, Viktor Orbán était aussi le catalyseur des forces réactionnaires sur le versant Est de l’Europe. Et, plus généralement, au sein d’une internationale réactionnaire allant de Milei à Meloni en passant par le RN, l’AfD et Reform UK. Ce coup d’arrêt-là n’est pas négligeable.
Reste à savoir si le grand vainqueur du scrutin de dimanche, Peter Magyar, sera à la hauteur des attentes. Pour l’heure, ce national-conservateur de 45 ans, présenté comme «de centre-droit» mais qui fut membre du Fidesz jusqu’en 2024, apparaît comme un politicien peu expérimenté, ayant habilement su se positionner en successeur d’un Orbán fragilisé par les scandales de corruption. Cela dans le contexte d’une inflation galopante et d’une dégradation du niveau de vie.
Pro-européen, Peter Magyar promet de rétablir l’Etat de droit en Hongrie. Il aura fort à faire pour trouver une posture viable entre son opposition affichée à l’adhésion accélérée de l’Ukraine à l’UE et le soutien attendu de lui à la résistance de Kiev face à l’agression russe.