Une sorte de GIEC suisse, selon la professeure de l’EPFZ Sonia Seneviratne, également membre de l’organisme onusien chargé du monitoring des connaissances en matière de réchauffement climatique (GIEC). L’Académie suisse des sciences naturelles (Scnat) a présenté ce jeudi un rapport analysant la situation climatique de notre pays.
Première constatation: avec 2,9 degrés, la Suisse se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale (1,2 degré). Cela est lié à sa situation géographique au cœur de l’Europe et à la diminution rapide du manteau neigeux de sa partie alpine. Elle est donc particulièrement concernée par les conséquences de l’effet de serre. Des catastrophes comme la destruction du village de Blatten sont là pour nous le rappeler.
Deuxième enseignement de ce rapport: les mesures mises en place vont dans la bonne direction, les efforts portent leurs fruits. Et, partant, cela montre qu’une politique volontariste est possible. Mais on est encore loin du compte en ce qui concerne les objectifs tels qu’inscrits dans l’Accord de Paris.
Pour une raison simple: les émissions territoriales de CO2 diminuent; en revanche, celles de la consommation, liées aux importations de marchandises, restent à des niveaux bien trop élevés. La Suisse «exporte» de la sorte une partie de son bilan carbone, tout en restant un des pays où les émissions par habitant·es sont les plus élevées au monde. Et la finance, vache sacrée en Suisse, reste à l’abri des mesures visant à faire baisser la facture des gaz à effet de serre. Dernier point: le mécanisme dit des crédits carbone (la Suisse finance des projets visant à réduire les émissions dans des pays du Sud) est contesté et contestable. Il s’agit d’un oreiller de paresse politique permettant d’éviter des mesures sur sol helvétique pourtant inéluctables sur le moyen terme!
Le rapport se veut pédagogique, à la portée des décideur·euses politiques. Il ne fait que 40 pages, histoire de ne pas décourager les bonnes volontés! On peut émettre quelques craintes à cet égard. L’ambiance politique actuelle est au climato-négationnisme. Et le Conseil fédéral – avec Albert Roesti en tête – s’emploie surtout à péjorer les efforts de la Suisse en la matière. Par exemple en voulant de nouvelles autoroutes ou en prônant de nouvelles centrales nucléaire, là où des moyens devraient être consacrés à la mobilité durable et à l’amélioration en matière d’isolation et de chauffage du bâti helvétique.
Plus on prendra du retard, comme c’est actuellement le cas, plus la facture à l’arrivée sera salée. «À long terme, nous serons tous morts», prédisait déjà l’économiste John Malards Keynes pour contrer la foi aveugle dans la religion séculière des marchés. Une sentence d’actualité, plus que jamais.