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Le bras des dames, c’est le chemin des Dames

L'Impoligraphe

Vous en connaissez, vous, à Genève, des femmes qui portent, pour se baigner dans une piscine municipale, un burkini? Moi, non. Je n’en ai même jamais vu, de burkini. Et les député·es de la droite du parlement genevois, ils et elles en connaissent, des gens qui connaissent des gens qui connaissent des femmes se baignant en burkini? Ils et elles ont voté une modification de la loi pénale cantonale, interdisant sans le nommer le port du burkini dans les piscines publiques.

Qu’est-ce que les tenues de bain ont à faire dans une loi pénale? Mystère. En quoi ça concerne le canton alors que les piscines publiques sont toutes municipales? Mystère aussi. Qui sera chargé de faire appliquer cette disposition imbécile? Les communes, qui y étaient opposées? Une police de l’apparence? Des agents de sécurité privés? Mystère encore. Et qu’est-ce qui va se passer pour celles (voire ceux) qui se pointeraient à la piscine en tenue de bain couvrante? On leur collera une amende ? On leur interdira l’accès aux bassins? Et si elles ou ils ne paient pas leur amende, on les expédiera en zonzon? On est prêt à claquer combien de millions cette connerie?

De quoi le burkini et son interdiction sont-ils le drapeau? De cette vieille obsession: décider de la tenue que doivent porter les femmes. Parce qu’évidemment elles sont incapables d’en décider elles-mêmes. La droite genevoise et les talibans afghans, l’UDC et les mollahs iraniens ont en commun cette prétention patriarcale de maîtriser l’apparence des femmes. Jusqu’à la piscine. La droite genevoise est entrée en guerre balnéaire. Une guerre de tranchées. Le bras des dames, c’est le Chemin des Dames1>Haut lieu de mémoire de la Première Guerre mondiale, en France, le Chemin des Dames fut l’un des champs de bataille les plus meurtriers du conflit, ndlr.. Mais à qui s’en prend-on quand, au nom de la lutte contre le fondamentalisme religieux islamique, on interdit tout maillot de bain couvrant?

Aux hommes (pères, maris, frères, fils, imams) qui imposeraient aux femmes, à leurs filles, leurs femmes, leurs sœurs, leurs mères de se couvrir jambes et bras? Non: on s’en prend à elles. C’est à elles que l’interdiction va s’appliquer. A elles seules.

Rien ne ressemble plus à une prescription vestimentaire que la prescription inverse: imposer le port d’une tenue de bain couvrante ou l’interdire, cela se vaut. Interdire aux femmes de montrer leurs bras et leurs jambes, ou les obliger à les montrer, cela se vaut. Sous le burkini qui obsède la droite genevoise se calfeutre moins le corps des femmes que la vieille volonté patriarcale de le posséder, le maîtriser, le garder pour soi et sa famille, au nom de Dieu, du Prophète, du Livre, de la tradition, de l’ordre social, de la raison d’Etat ou quelque autre prétexte de la même barrique: il s’agit toujours de décider comment les femmes doivent se vêtir ou se dévêtir. De sorte qu’entre les talibans et l’UDC, il n’y a que la distance qui sépare un miroir d’avec ce qu’il reflète.

Notes[+]

Pascal Holenweg est vice-récurateur autoproclamé du Collège de patapolitique et Grand Dugong de l’Oupopo.

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