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Neutralité atomique

Le 23 décembre 2025 l’Alliance pour l’interdiction des armes nucléaires avait soumis son initiative visant à interdire les armes nucléaires, forte de 135 000 signatures. KEYSTONE ARCHIVES
Suisse

Une curieuse conception de la neutralité armée, souvent mise en avant par les autorités suisses. Le Conseil fédéral a décidé hier de rejeter l’initiative populaire demandant une adhésion de la Suisse au Traité des Nations unies sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN). Un traité que la Suisse a pourtant contribué à faire naître. Mais de l’eau a coulé sous les ponts depuis…

Un rejet en contradiction des demandes du Conseil national et du Conseil des Etats, qui estiment tous deux qu’une telle adhésion est souhaitable. Que s’est-il passé? L’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) a froncé les sourcils et fait savoir qu’une telle adhésion serait vue comme un signal problématique.

Il n’en a pas fallu davantage pour faire rentrer le Conseil fédéral dans sa douillette coquille bernoise. On ne va tout de même pas froisser l’ombrageux Donald Trump. Il pourrait imposer de nouveaux tarifs aux exportateur·rices suisses.

Et tant pis si on se laisse dicter un agenda par une alliance militaire dont la Suisse n’est pas membre. Et que la sacro-sainte neutralité mise en avant par la Suisse, dépositaire des Conventions de Genève et siège européen des Nations unies, en prend un coup.

Avec la probabilité que cette servilité ne soit même pas payée en retour. Hier, le secrétaire d’Etat étasunien Marco Rubio a enfoncé un clou dans la cercueil de l’Otan, en annonçant que les Etats-Unis devaient «réexaminer» leurs relations avec l’alliance atlantique une fois la guerre contre l’Iran terminée. En clair: ces Etats européens ne sont rien que des ingrats en refusant de s’associer activement à l’aventurisme militaire étasunien contre l’Iran. Ils le paieront.

Relevons enfin le raisonnement passablement faisandé du Conseil fédéral qui préfère s’en tenir au Traité de non-prolifération des armes atomique. Celui qui a les faveurs du club des pays détenteurs de l’arme nucléaire. Un club select qui vaut aux pays susceptibles d’acquérir cette technologie de se faire bombarder. On parle de l’Iran, donc. Israël, qui n’est pas un pays disposant officiellement de la bombe A, détient, selon les expert·es en la matière, quelque 200 têtes nucléaires. Mais ce pays fait partie de l’Axe occidental du bien…

Seule bonne nouvelle dans l’attitude pusillanime du Conseil fédéral: son refus est net, il n’y aura pas de contre-projet opposé à l’initiative populaire. On se demande d’ailleurs quelle forme il aurait pu revêtir. Le peuple aura donc le dernier mot. Les 72% de personnes favorables à une Suisse militant activement pour l’abolition de ces engins de mort, selon un sondage commandé par les initiant·es, pourraient bien être plus lucides qu’un Conseil fédéral empêtré dans ses contradictions.

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