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Le Courrier L'essentiel, autrement

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Faire revivre ceux qu’on aime

Cette critique est écrite par une étudiante en Lettres de l’université de Genève, dans le cadre de l’atelier d’écriture animé par Marko Vuketic et Pierre Bellon.
Récit mémoriel 

Adrien Rupp offre, avec La Simone, son second texte publié, un portrait de sa grand-mère. A travers un récit tendre et fragmenté, l’auteur puise dans sa mémoire pour reconstituer la vie de son aïeule, sa façon de parler, de se mouvoir, de danser même. Il distille des expressions suisses familières et s’en amuse. Rupp nous plonge dans l’univers rassurant d’un week-end chez les grands-parents. Mais ce récit n’est pas qu’humour et douceur, il émeut aux larmes aussi, lorsqu’on comprend que rien n’est éternel: ni la mémoire, ni les gens.

La Simone s’extasie de tout, ne gronde pas les enfants, rit d’un rire qui «fouette les consciences tristes et endormies». Au début du texte, elle est encore vivante et intervient dans des dialogues qu’Adrien Rupp retranscrit. Ne s’estimant pas digne d’être le sujet du récit, elle déclare: «Mais chuis pas intéressante, tu vas ennuyer les gens!» La suite ne fait que la contredire. La Simone est accompagnée du grand-père, qui a failli mourir pendant la guerre et qui répète sans cesse, en grand optimiste: «Mieux ce serait moins bien.»

Rupp pose parfois un regard qu’on devine critique, lorsqu’il raconte les difficultés financières, ou la misogynie sous-jacente qui évoluent avec les années. Le livre se dévore et suscite la même curiosité que devant des photos de famille que l’on ressortirait pour déceler des secrets. L’expérience théâtrale d’Adrien Rupp transparaît dans ses mots qu’on imagine dits, criés, chuchotés sur un plateau. D’ailleurs, le texte est en cours d’adaptation scénique. Avec La Simone, Rupp dit au revoir et soigne nos cœurs.

Adrien Rupp, La Simone, Ed. La Veilleuse, 116 pp.