Sarah Louise Butler plante le paysage de son dernier roman au cœur de la Colombie-Britannique. Diplômée en géographie, l’autrice présente son univers avec une végétation richement détaillée: peupliers d’Amérique, buissons de saules, érables palmés ainsi qu’une abondance de noms ornithologiques: urubus à tête rouge, colibris, tarins des pins, martinets de Vaux. Et au milieu de cette atmosphère sauvage: une cabane. Bâtie entre les branches d’un cèdre, cette habitation de fortune abrite cinq frères et sœurs entre 5 et 15 ans vivant comme des orphelins en cavale: Fletcher, Silver, Fawn, Calliope et Rufous. Ensemble, ils cherchent à échapper aux «Stormtroopers», les services d’aide à l’enfance.
La narration alterne entre deux temporalités: le récit du présent de Rufous, proche de la cinquantaine et atteint de troubles de mémoire, et celui de son enfance précaire dans les années 1980. Dans le présent, les médecins sont unanimes: la mémoire de Rufous se démantèle. S’enclenche alors une course contre le temps pour ce quadragénaire qui cherche à revoir avec ses frères et sœurs sa cabane d’enfance afin de s’y réunir une dernière fois. Ainsi débute une aventure au milieu des feux de forêts et des souvenirs estompés.
Ciel noir, cœurs battants est une fiction méditative qui met en parallèle la fragilité de la mémoire et la détérioration progressive des écosystèmes. Utilisant avec brio la nature comme miroir de l’état intérieur du personnage, l’autrice inscrit son ouvrage dans le genre du Nature Writing.