Le financement des soins agite le monde politique qui, faute de proposer une véritable réforme, laisse les majorités de droite faire reposer un fardeau croissant sur les assuré·es. Rappelons que, depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’assurance-maladie (LAMal) en 1996, la Suisse dispose d’un financement hybride du système de santé: une couverture universelle gérée par des compagnies d’assurance privées, financée par des primes per capita – hélas non proportionnelles au revenu – et un financement par des fonds publics, en particulier l’impôt cantonal. L’adoption du financement «moniste», entériné par la votation de novembre 2024, est venue renforcer le poids des primes au détriment des cantons.
Chaque année en septembre, la population retient son souffle en attendant l’annonce d’une hausse des primes d’assurance-maladie, sur laquelle ne s’exerce aucun contrôle démocratique. La Suisse est déjà équipée de deux mécanismes censés renforcer la «responsabilité individuelle» des patient·es et contribuer à une meilleure maîtrise des coûts de la santé: la quote-part (10% de participation aux frais jusqu’à concurrence de 700 francs) et la franchise (montant à charge de l’assuré·e avant tout remboursement de frais médicaux). C’est précisément cette franchise que le parlement veut augmenter, sur une proposition du Conseil fédéral1>Ce projet fait suite à une motion de l’UDC Esther Friedli adoptée par le Parlement en mars 2025. En réponse à cette demande, le Conseil fédéral a mis en consultation le 13 mars 2026 une modification de la LAMal portant la franchise minimale à 400 francs, ndlr. visant à la porter de 300 à 400 francs – seuil qui pourrait même être revu à la hausse. Or le système de santé suisse impose déjà aux ménages une charge financière parmi les plus élevées de l’OCDE.
L’argument invoqué est que cela inciterait les gens à moins consulter «pour rien». Ce dispositif péjore surtout les malades chroniques et les seniors (souvent les seul·es à conserver une franchise minimale malgré des primes élevées), tout en affaiblissant la solidarité sociale (les bien-portants prennent des franchises beaucoup plus élevées pour payer moins). Or une étude récente montre que près du quart de la population genevoise dit déjà renoncer à des soins pour des raisons financières.
Et nos autorités ne s’arrêtent pas là: elles veulent taxer les consultations aux urgences de 50 francs hors franchise. Comme si le patient s’y rendait par plaisir, tout en sachant qu’une attente de plusieurs heures est la règle pour qui n’arrive pas en ambulance! Une étude de 2022 2> Rev Med Suisse 2022; 18: 675-9: «Instauration d’une taxe aux urgences: enjeux d’équité en santé».montre bien les enjeux d’équité face à la maladie qu’une telle taxe entraînerait, sans résoudre fondamentalement l’engorgement des urgences.
Tout aussi grave: le Conseil national a accepté, contre l’avis de la gauche, une motion visant à assouplir le secret médical en cas d’arrêt maladie. Sous prétexte de lutter contre de prétendus «certificats de complaisance», les employeurs et les assurances sociales pourraient désormais obtenir des informations directes de la part des médecins traitants sur l’état de santé d’un·e travailleur·euse. Or, en cas d’absence prolongée, employeur et assurance peuvent déjà solliciter un médecin-conseil pour obtenir des compléments d’informations3>Tels que le degré d’incapacité, la nature de l’empêchement ou l’existence d’une capacité de travail résiduelle, ndlr.. Si l’absentéisme augmente, ne faudrait-il pas s’intéresser aux conditions de travail plutôt que de stigmatiser les malades et suspecter au passage la probité des médecins?
Parallèlement, le Conseil national vient de refuser une motion visant à ratifier la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), contre l’avis du Conseil fédéral et malgré un large soutien du monde de la santé qui prône depuis des années l’adhésion à cet accord, déjà signé par 183 Etats. Ce vote est le fruit d’une mobilisation du lobby du tabac qui s’emploie, depuis des décennies, à minimiser les risques sanitaires. Pourtant, la cigarette tue la moitié de ses consommateur·rices et provoque près de 10 000 décès par an en Suisse. Le tabagisme passif expose également les non-fumeurs – en particulier les enfants – à des risques sanitaires avérés, en favorisant par exemple l’asthme ou diverses infections. A ce désastre sanitaire s’ajoute un impact environnemental lourd: chaque année dans le monde, plus de 4000 milliards de mégots polluants sont jetés dans la nature, où leur élimination est extrêmement lente.
Une occasion ratée de prévenir plutôt que de guérir, ce qui pourtant réduirait les coûts globaux de la santé sans sacrifier la solidarité!
Notes