La nouvelle était éventée; la présentation des comptes 2025 de l’Etat de Genève ce jeudi l’a confirmée: là où un déficit de 256 millions de francs était annoncé, l’année écoulée se clôt sur un bénéfice de 50 millions. On est certes loin des écarts spectaculaires des années précédentes (1,4 milliard en 2023); mais on constate tout de même que le catastrophisme des autorités cantonales qui justifient par l’orthodoxie budgétaire la cure d’austérité annoncée pour 2026 est de nouveau battu en brèche.
Les réactions de la droite reflètent un flottement. Le boni, dans cette lecture, serait uniquement lié à des aspects conjoncturels – la part cantonale des bénéfices de la Banque nationale suisse, des correctifs fiscaux des années précédentes et un rendement du capital, des dividendes, plus élevé que prévu – alors qu’il faudrait, selon elle, des réformes structurelles, tailler dans l’Etat, donc.
Un raisonnement simpliste, pour ne pas dire indigent, qui fait mine d’ignorer par ailleurs les baisses d’impôts successives arrachées depuis les années 2000 par les partis bourgeois. Il serait souhaitable qu’un audit externe chiffre l’impact de ces mesures qui pèsent, en cumulatif, au bas mot plus d’un milliard de francs, probablement davantage.
Des cadeaux fiscaux qui profitent en priorité aux hauts revenus et qui réduisent la marge de manœuvre de l’Etat à la portion congrue. Ne serait-ce que pour réduire une dette publique qui se monte à 11,3 milliards de francs et qu’il faudra bien amortir un jour.
Cette politique des caisses vides se fait alors inévitablement sur le dos des usager·ères et de la fonction publique dont le Conseil d’Etat veut geler les salaires.
Plus préoccupant encore: le détail de ces comptes montre l’appauvrissement des Genevois·es, que l’Etat ne compense qu’en partie. A commencer par le poste des aides sociales (+79 millions versées aux personnes à bas revenu) et +57 millions pour l’aide au paiement des primes-maladie, dont l’augmentation pousse chaque année un nombre important de personnes sous le seuil de pauvreté.
On peut parler d’éléphant dans la pièce. Les employé·es aux salaires modestes ne pourraient pas rester à Genève sans aides publiques. Ceci alors que le salaire minimum reste pour la droite un épouvantail à démanteler au niveau cantonal et fédéral. Selon sa lecture, les vrai·es exploité·es ne sont pas les personnes à revenus modestes mais les nanties victimes d’un «enfer fiscal» et qu’il convient de choyer. Entre cynisme et clientélisme.