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Ne bradons pas le droit à la santé

Le Conseil national veut introduire une taxe de 50 francs pour les personnes se rendant aux urgences sans y avoir été envoyé par un·e médecin, un centre de télémédecine ou un·e pharmacien·ne. KEYSTONE / IMAGE D'ILLUSTRATION
Santé

A droite, plus à droite. Voire à l’extrême droite. La politique fédérale garde son cap. Deux décisions récentes s’en prennent aux malades, aux personnes âgées et aux pauvres. La première: le Conseil fédéral a décidé, suivant une proposition de l’UDC, d’augmenter de 300 à 400 francs la franchise minimale de l’assurance maladie. La seconde: le Conseil national veut introduire une taxe de 50 francs pour les personnes se rendant aux urgences sans y avoir été envoyées par un·e médecin, un centre de télémédecine ou un·e pharmacien·ne.

Sous le mantra néolibéral: «Diminuer les coûts de la santé en favorisant la responsabilité individuelle des assuré·es», nos dirigeant·es poignardent l’Etat providence. Personne n’est dupe: consulter un·e médecin n’a jamais été un acte déraisonné. En revanche demander à celles et ceux qui recourent à une franchise basse de payer davantage est irresponsable.

Les conséquences pourraient être désastreuses. Selon l’Observatoire de la santé en 2024, 5,5% de la population renonçait déjà à des prestations de santé pour des raisons financières. Ce chiffre grimpe jusqu’à 25% dans le canton de Genève, selon une étude des HUG. Les personnes les plus concernées sont de la classe inférieure et étrangère. Cependant au bout du lac, ce phénomène s’étend déjà aux classes moyennes.

Appliquer une taxe de cinquante francs aux personnes recourant aux urgences, c’est ignorer la pénurie de médecins qui frappe la Suisse, plus particulièrement Neuchâtel et le Jura. Des cantons où nombre de patient·es, par défaut, se tournent vers ces services. Dans les deux cas, on incite la population à renoncer aux soins, alors qu’en comparaison internationale, les Suisses·ses consultent déjà peu. Or, il est reconnu que plus une maladie est tardivement diagnostiquée, plus elle est difficile à soigner.

Certes, les coûts prennent l’ascenseur, le système de santé est mis à rude épreuve, mais nos autorités pourraient faire pression sur le prix des médicaments. Une enquête de Public Eye révélait en 2022 par exemple qu’une marge de 40 à 90% était faite sur les anti-cancéreux, contribuant à l’explosion des primes d’assurance maladie. Le Parlement pourrait se saisir du manque de transparence des frais de fonctionnement des assureurs mais le lobby de la pharma et des assurances est puissant sous la coupole.

Il est plus aisé de faire casquer les milieux modestes. Concernant la hausse de la franchise, un référendum sera probablement lancé. La Chambre haute doit encore se prononcer sur la taxe visant les urgences. En économisant sur le dos des plus faibles, c’est le principe de solidarité, pilier central de notre système d’assurances sociales, que l’on piétine. L’accès aux soins est un droit fondamental qui ne doit en aucun cas être bradé au profit de la pharma et des assureurs, peu importe le nombre de parlementaires qui siègent à leur conseil d’administration.