Des trombinoscopes, comme au Far West. La police bernoise a lancé lundi un vaste avis de recherche pour identifier des personnes soupçonnées de débordements lors de la manifestation propalestinienne non autorisée à Berne du 11 octobre dernier, et qui avait réuni quelque 8000 personnes.
La méthode frise le code: les forces de l’ordre ont mis en ligne une série de portraits pixélisés; les personnes non encore identifiées et soupçonnées d’avoir causé des dégâts ou d’avoir affronté la police ont jusqu’à la fin du mois pour s’autodénoncer. Passé ce délai, les photos seront pleinement dévoilées.
Ces pratiques, qui fleurent bon l’Etat policier, posent toute une série de problèmes. Respectent-elles le principe de base de l’Etat de droit de la proportionnalité? Et sont-elles conformes aux droits fondamentaux? En effet, jeter en pâture une personne sur un simple soupçon peut avoir de lourdes conséquences. Surtout s’il s’avère qu’elle est innocente. Le mal sera fait, son employeur l’aura peut-être reconnue et licenciée, ses voisins seront soupçonneux. Et sur internet, rien n’est jamais perdu. Une fois diffusées, ces photos ne pourront plus être retirées.
Exagéré? Une toute récente affaire à Genève a vu une militante antinucléaire et anticapitaliste être condamnée pour des tracts antisémites sur la base d’une vidéo peu convaincante. Alors qu’elle est manifestement innocente, la véritable coupable s’étant autodénoncée.
La montée d’une société de la surveillance doit inquiéter. En France, une enquête du média électronique Disclose1>«La reconnaissance faciale déployée à grande échelle sur les téléphones des forces de l’ordre», diffusé ce mardi 17 mars. a mis en évidence que les forces de l’ordre françaises utilisent un puissant logiciel portatif de la taille d’un mobile de reconnaissance faciale, en violation du cadre légal. Quelque 9 millions de Français·es sont fiché·es, 1 million de consultations par la police ont été enregistrées en 2024.
Relevons le caractère autoritaire et dissuasif de la méthode bernoise. Osera-t-on manifester si on risque de se retrouver cloué au pilori électronique par Big Brother? La démarche s’inscrit dans le cade d’une criminalisation du mouvement social que l’on observe ces dernières années.
En l’occurrence, la répression de la manifestation du 11 octobre dernier a été dénoncée par des organisations comme Amnesty International pour l’usage disproportionné de la force par la police qui y a été constaté. La diffusion de ces photos laisse hélas penser que les éventuel·les fauteur·euses de troubles seront recherché·es avec davantage de zèle que les manquements opérationnels de la police, et qui sont aussi responsables de ces violences.
Notes