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Indispensable front antifasciste

Jean-Luc Mélenchon a salué la «magnifique percée» de La France Insoumise au premier tour des élections municipales françaises. KEYSTONE
France

Une «magnifique percée», saluait Jean-Luc Mélenchon dimanche soir. Au premier tour des élections municipales françaises, La France Insoumise (LFI) a réalisé des scores impressionnants. Le parti de gauche illibérale se maintient au second tour dans 60 communes, dont plusieurs grandes villes – contre neuf en 2020. Cerise sur le gâteau, son candidat Bally Bagayoko rafle Saint-Denis (150 000 habitant·es) au premier essai.

Et cela, contre vents et marées. Car depuis des mois, LFI subit une campagne de diabolisation. Après la mort d’un militant d’extrême droite à Lyon le 14 février, au sortir d’un affrontement avec des antifascistes, les attaques ont monté de plusieurs crans. Elles ont même été reprises par des caciques du Parti socialiste. Dans un tel contexte, le score de LFI est porteur d’espoir. Il démontre à nouveau que, face à la profonde crise capitaliste, un programme combinant réformes sociales, défense des services publics, lutte antiraciste et internationalisme – marqué notamment par une solidarité sans failles avec Gaza – peut rencontrer un réel écho populaire.

Le deuxième élément saillant de ce premier tour est plus inquiétant. Même s’il a connu un «week-end en demi-teinte» (1), échouant à percer dans les grandes villes hors de son fief du Sud, le Rassemblement national (RN) continue à progresser. Le parti d’extrême droite s’est imposé au premier tour dans 17 villes de plus de 3500 habitant·es et dépasse les 10% dans 74 villes comptant plus de 30 000 personnes. A un an des présidentielles, ces résultats confirment l’adhésion d’un secteur significatif de la société française à ses thèses racistes et autoritaires. Une bascule accélérée par le soutien croissant du patronat au RN, perçu comme un rempart face à la gauche anti-austérité qui avait triomphé en 2024 avec le Nouveau Front Populaire (2). «La seule consigne que je donne, c’est aucune voix à LFI», affirmait ainsi Bruno Retailleau, le président des Républicains, après l’annonce des résultats.

Face à ce danger, La France Insoumise appelle à construire un «front antifasciste électoral» au deuxième tour. Cette juste injonction à l’unité est pourtant refusée par la direction nationale du Parti socialiste. Une attitude irresponsable qui sera certes contrebalancée par de nombreux accords locaux conclus contre l’extrême droite d’ici mardi soir. Mais qui rappelle que seule une intense mobilisation de base permettra d’imposer l’indispensable front unique face au péril brun. Une leçon qui vaut au-delà de la France.

(1) Le Monde, 16 mars 2026.
(2) Lire «Les patrons virent au brun», Le Courrier, 15 janvier 2026.

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