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Le Courrier L'essentiel, autrement

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Jeu dangereux

61% des Genevois·es ont voté favorablement à une baisse des salaires des jobs étudiants de 18,44 francs de l’heure au lieu de 24,59 francs. KEYSTONE
Salaire minimum

Un vote dont les conséquences dépassent Genève. Dimanche dernier, le Souverain genevois a approuvé une loi sortant les jobs d’été des étudiant·es du dispositif du salaire minimum cantonal. Un résultat très clair, 61% des Genevois·es acceptant que ces jeunes soient payé·es à un tarif horaire de 18,44 francs de l’heure au lieu de 24,59 francs.

Une votation est souvent un millefeuille amalgamant des motivations diverses. Un mépris anti-jeunes a sans doute aussi pesé, selon le raisonnement voulant qu’un traitement à la dure forge le caractère, oublieux des contraintes de plus en plus lourdes des cursus de formation actuels.

Mais, surtout, il faut bien comprendre cette offensive des partis bourgeois pour ce qu’elle est: un coin enfoncé dans le dispositif d’un salaire minimum dont ils n’ont jamais accepté la victoire dans les urnes. Plusieurs cantons disposent ou envisagent de se doter d’un tel outil à même de bloquer le dumping salarial. Les attaques sont partout les mêmes et suscitent des levées de boucliers des milieux patronaux et de leurs relais politiques. Jusqu’au niveau fédéral où, dans la foulée de la motion dite Ettlin, il est prévu de démanteler ces salaires minimums cantonaux en usant de conventions collectives fédérales au rabais.

Le jeu est dangereux. La même droite lance actuellement des œillades vers sa gauche et les syndicats pour tenter de bloquer l’initiative xénophobe udéciste d’une Suisse à 10 millions d’habitant·es. Et la question des Bilatérales III obéira à la même logique.

Forcer l’ouverture du marché du travail et liquider les instruments de lutte contre le dumping salarial, la contradiction est évidente. Il ne faudra pas s’étonner si une partie des salarié·es victimes de cette sous-enchère et privé·es des outils de protection voulus par les syndicats utilise la seule arme qui lui reste, celle du faible, et cède aux sirènes de l’extrême droite en cherchant une illusoire protection dans un repli malthusien et xénophobe. Que l’UDC parie sur cette dynamique n’est pas pour étonner. Que le patronat et le droite dite centriste, qui tiennent aux Bilatérales III comme à la prunelle de leurs yeux, ne voient pas le piège, est inquiétant.

La prochaine étape de poker menteur se jouera sur la motion Ettlin. Le rapport de force laisse penser que le Conseil des Etats suivra le National, et qu’un référendum sera lancé. On verra alors quelle interprétation sera donnée au fameux «partenariat social». Le vote de ce dimanche donne une petite indication des intentions réelles qui pèseront dans la balance.