C’est ce qui s’appelle avoir le sens du calendrier. Le Conseil des Etats a choisi ce mardi 11 avril, date du sinistre quinzième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, pour prôner une relance de la filière nucléaire en Suisse. C’est soit avoir une lecture toute particulière et oublieuse de l’histoire, soit faire montre d’un cynisme déconcertant. Mais qui s’inscrit dans un contexte international: mardi, la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, a considéré lors d’un raout favorable à l’atome et piloté par le peu visionnaire Emmanuel Macron que réduire la part du nucléaire en Europe avait été «une erreur stratégique». Les grands esprits se rencontrent.
De fait, le vote des sénateur·trices – intervenu à une large majorité de 26 voix contre 12 – n’est qu’à moitié assumé. Il s’agirait, selon les propagandistes de l’atome sous la coupole, de ne fermer aucune porte et de se montrer «pragmatique, ouvert et responsable», selon les mots de l’udéciste tessinois Marco Chiesa.
Ce genre de déclaration relève pourtant davantage de l’autopromotion satisfaite que d’une réalité tangible. Le nucléaire n’est aucunement une réponse aux défis énergétiques que la Suisse doit affronter. A commencer par la lutte contre le réchauffement climatique. Il faut au bas mot vingt ans, voire le double, pour construire une centrale nucléaire. Jamais l’atome ne sera une réponse crédible pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050, comme le prévoit l’accord de Paris qui vise à une neutralité carbone dans la seconde moitié du XXIe siècle.
Pire. Cet oreiller de paresse va détourner les nécessaires investissements dans le solaire, l’éolien, l’hydraulique et la géothermie qui sont, eux, une réponse durable à notre voracité énergétique. Il contribue à freiner les efforts en direction du plus gros gisement en la matière, les économies d’énergie, en entretenant l’illusion du tout est possible.
Enfin, la fuite en avant des sénateur·trices fait l’impasse sur les problèmes non résolus: le nucléaire est porteur de risques majeurs. La catastrophe de Fukushima est là pour nous le rappeler dans un des pays les plus avancés technologiquement au monde, le Japon. Et on notera que le problème lancinant des déchets n’a toujours pas trouvé de solution…
Le dossier repart maintenant vers la chambre basse. Il est douteux que les député·es soient plus sages que les représentant·es des cantons. C’est sans doute le peuple qui devrait avoir le dernier mot, la nécessité de lancer un référendum devenant de plus en plus évidente. Le vote du peuple en 2017 qui prévoyait une sortie de la Suisse du nucléaire est là pour inciter à un volontarisme optimiste pour contrer la dérive nucléocrate des élu·es fédéraux·ales.