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Une pétition salutaire

Une manifestation à Genève à l'occasion de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien proclamée par les Nations Unies. KEYSTONE ARCHIVES
Cicad

Retirer toute caution, rompre toute relation et cesser tout soutien, notamment financier, à la Cicad – la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation. Ces exigences sont formulées par un collectif genevois d’associations et de mouvements de la gauche, par le biais d’une pétition populaire lancée hier.

S’en prendre à un organisme chargé de lutter contre l’antisémitisme, est-ce bien raisonnable, voire même responsable? Pour toute personne un tant soit peu au fait des luttes antiracistes et en solidarité avec la Palestine, la chose n’est pourtant pas surprenante. On pourrait même dire qu’elle devait arriver. Pourquoi? Parce que la mission officielle de la Cicad, combattre les préjugés et la haine dirigés contre les personnes juives, est devenue le prétexte à une déligitimation des critiques du sionisme et des fondements coloniaux d’Israël. Encore plus depuis le 7 Octobre.

Fondé en 1948 sur un nettoyage ethnique – la Nakba –, l’Etat hébreu n’a cessé de coloniser les territoires palestiniens. En se proclamant «Etat-nation du peuple juif» en 2018, il a encore renforcé le caractère exclusif de son projet national – reléguant dans une catégorie subalterne ses minorités, dont 20% de Palestinien·nes. Analyser et critiquer cette politique, décriée par de nombreuses personnes se réclamant du judaïsme, doit rester possible en démocratie.

En s’en prenant à «l’antisionisme comme forme contemporaine de l’antisémitisme», la Cicad cherche à mettre hors jeu la gauche décoloniale, les mouvements propalestiniens et le boycott BDS, dont la légitimité en tant qu’expression politique a pourtant été reconnue en 2020 par la Cour européenne des droits de l’homme. Que la droite cautionne ces amalgames ne surprend pas, car son soutien à Israël demeure indéfectible, y compris alors qu’un génocide est commis à Gaza et que les obligations internationales des Etats ne sont pas remplies. Qu’une partie de la gauche semble s’en accommoder est plus inquiétant.

En janvier 2024, le secrétaire général de la Cicad qualifiait de zones Judenrein les Apartheid-Free Zones. Une centaine de lieux culturels et associatifs, de syndicats, ONG et commerces solidaires de Suisse romande étaient ainsi accusés de pratiquer une politique antijuive d’inspiration nazie, pour avoir voulu exprimer leur solidarité avec le peuple palestinien en refusant de collaborer avec les institutions israéliennes. Ce jour-là, la Cicad a franchi le pas de trop. Son outrance verbale s’est ajoutée à ses amalgames et à ses publications aux biais problématiques (dont une BD pédagogique soutenue par la Ville). Si la pétition lancée hier peut servir d’électrochoc et mettre les pouvoirs publics devant leurs responsabilités, on ne pourra que s’en réjouir. Pour la vie démocratique et, aussi, pour la lutte contre tous les racismes, y compris l’antisémitisme.

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