Au terme d’une campagne tendue, l’initiative visant à réduire la redevance audiovisuelle de 335 à 200 francs a été rejetée par plus de 60% des votants ce dimanche. Directeur de la RTS et membre du comité de direction de la SSR, Pascal Crittin se dit soulagé par ce résultat, tout en reconnaissant que les critiques adressées au service public devront continuer à être prises au sérieux. Interview.
Alors que les premiers sondages anticipaient un oui à l’initiative, le non l’a finalement emporté. Avez-vous douté durant la campagne?
Pascal Crittin: Si vous voulez la vérité, j’ai toujours pensé qu’un non était possible. J’avais déjà vécu la campagne «No Billag» et je sais que les choses évoluent beaucoup durant les semaines précédant la votation. Mais je dois dire que le résultat dépasse mes espérances. C’est un signal très fort adressé par la population suisse en faveur du service public.
De nombreuses critiques ont été émises durant la campagne. La RTS va-t-elle les prendre en compte?
Les initiants ont évidemment mis en avant tous les arguments possibles pour défendre leur position: c’est le jeu démocratique. Mais ces critiques ne datent pas de cette campagne. L’accusation d’un service public «de gauche», par exemple, existe depuis des décennies. Or aucune étude sérieuse n’a encore réussi à l’objectiver. Cela dit, nous restons bien sûr toujours à l’écoute des critiques.
Si le non est franc, il l’est moins que lors du vote sur «No Billag» en 2018 (71,6% de non). Chercherez-vous à reconquérir ce public manifestement en désamour avec la SSR?
D’abord, une majorité reste une majorité: plus de 60% de non, c’est un résultat très net. Ensuite, nous allons analyser ce scrutin pour comprendre les motivations des votants. Mais il faut aussi rappeler que plus de 80% de la population suisse utilise chaque semaine la SSR, donc aussi une grande partie de ceux qui ont voté oui. L’essentiel est de rester à l’écoute du public et capable de répondre à ses besoins.
Certains évoquent déjà la possibilité d’une nouvelle initiative dans quelques années pour abaisser la redevance à 250 francs. Craignez-vous ce scénario?
Je suis un peu surpris d’entendre cela le jour même du vote. Le peuple suisse vient de s’exprimer très clairement pour la seconde fois pour financer une SSR forte, présente dans toutes les régions linguistiques, et qui ne propose pas que de l’information.
La redevance va dans tous les cas être abaissée à 300 francs d’ici à 2029. A quelles conséquences peut-on s’attendre?
La décision du Conseil fédéral signifie pour la SSR une réduction d’environ 17% de son budget, soit quelque 270 millions de francs. Nous avons déjà annoncé que cela entraînerait des suppressions de postes. Les premières mesures seront présentées dans le courant de l’année, car la baisse commencera dès 2027. Je ne peux pas vous en dire davantage pour le moment, mais nous ferons tout pour toucher le moins possible aux programmes.
Que retenez-vous de cette campagne?
Avant tout, le contact avec la population. Durant ces semaines, j’ai participé à de nombreux débats et cela m’a permis de mesurer à quel point l’attachement à la RTS reste fort. Les gens ont des critiques, parfois très claires, mais même parmi ceux qui ne sont pas toujours satisfaits de nos programmes, beaucoup tiennent à l’existence d’une SSR forte.
Cette campagne m’a aussi frappé par le décalage entre les réseaux sociaux et le terrain. En ligne, les critiques étaient parfois très virulentes et pouvaient laisser penser que le oui allait l’emporter. Mais la réalité est souvent plus nuancée. Au final, ce qui compte, c’est ce dit la population dans les urnes. ESH MÉDIAS