Skip to content

Le Courrier L'essentiel, autrement

Je m'abonne

Profondes racines de la guerre

Une manifestation à Los Angeles, le 2 mars, en opposition à l'agression étasunienne en Iran. KEYSTONE
International

Une guerre qui s’inscrit dans une logique certaine. Voilà près d’une semaine que les Etats-Unis et leur allié israélien mènent une guerre contre l’Iran. Une attaque en violation du droit international et du multilatéralisme. Ce qui accroit l’instabilité mondiale.

Cet aventurisme étasunien se base une nouvelle fois sur une logique du mensonge la plus crasse. Comme en 2003 pour la Seconde guerre du Golfe et les armes de destructions massives dont l’histoire a montré qu’elles avaient été inventées de toutes pièces, l’intervention est justifiée par une prétendue «menace imminente», c’est-à-dire la capacité de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.

Les Etats-Unis ne prétendent plus guère vouloir instaurer par les armes la démocratie. On a vu ce que cette brillante stratégie a donné en Irak, en Afghanistan ou en Libye. Plus prosaïquement, le but est probablement de faire évoluer le régime des mollahs vers une position plus favorable aux intérêts de la clique de kleptocrates qui gouverne à Washington. Une politique assez similaire à celle qui a consisté au Venezuela à enlever Nicolas Maduro et son épouse et à tenter de s’entendre avec sa successeure. C’est bien à la toute puissance du complexe militaro-industriel tel qu’analysé en son temps par le conseiller de Kennedy, l’économiste John Kenneth Galbraith, que les tenant·es de la primauté du droit et de la justice sont confronté·es.

Le but est de s’assurer des prébendes bien plus que de renverser une tyrannie. On ne pleurera pas la mort d’Ali Khamenei, compte tenu de la féroce répression de la révolte populaire, même si on aurait préféré le voir devant une cour de justice. On peut en revanche se poser la question si cette attaque extérieure ne va pas restreindre le champ des possibles de la contestation.

Le cynisme étasunien se manifeste aussi à l’interne. Il met en lumière la dérive autocratique du pouvoir exécutif au détriment du pouvoir législatif et du fameux checks and balances. En théorie, le déclenchement d’une guerre devait recevoir le feu vert du Congrès; dans les faits, cela n’est plus le cas depuis belle lurette. Et le noyautage de la Cour suprême, tout comme la récente purge par Donald Trump, en mai 2025,  du Conseil de sécurité nationale – organisme censé servir de lieu d’analyse et de contre-pouvoir – pour le remplacer par des larbins à sa botte, s’inscrivent dans cette dérive autocratique.

A noter que la présidence de Barack Obama n’a pas infléchi cette longue dérive. Compter sur les prochaines élections de mi-mandat pour mettre fin à cette toute puissance belliqueuse de l’exécutif est peut-être pêcher par optimisme. Le problème a des racines bien plus profondes, dont la montée des extrême droites ne sont qu’une des inquiétantes facettes.