Couper le budget de la SSR en deux. Les conséquences d’un oui à l’initiative «200 francs ça suffit» sont difficilement imaginables. Délocalisation totale à Zurich? Fermeture des bureaux régionaux? Clap de fin pour le cinéma suisse? Les mises en garde vont bon train, sans qu’il soit possible de dessiner à l’avance un scénario précis si le oui l’emporte dans les urnes le 8 mars prochain. Et pour cause. Aucune entreprise ne survit en voyant du jour au lendemain son budget réduit de moitié.
L’attaque contre la SSR participe à un agenda politique qui dépasse les frontières de la Suisse. La tendance au démantèlement des médias de services publics est généralisée et l’on assiste à une véritable guerre contre le journalisme, comme l’observe Reporters sans frontières. En Europe, comme aux Etats-Unis, la rengaine de l’extrême droite se répète: les médias de service public sont accusés d’être élitistes, trop à gauche et de diffuser de dangereuses valeurs progressistes. En Suisse, ce narratif est porté par l’UDC comme par une partie du PLR.
Et l’impact de ces attaques est déjà palpables à la RTS. Les phares dans les yeux, des journalistes d’actualité sont d’une grande prudence, passent sous silence des sujets qui fâchent ou minimisent les combats sociaux. Jusqu’à par moments ignorer les milliers de personnes descendues dans les rues de Suisse en soutien à la Palestine, et, plus grave encore, jusqu’à refuser de nommer le génocide perpétré par Israël. En instillant la peur, l’UDC a déjà en partie gagné. Le droit à l’information est mis en danger.
Un oui le 8 mars aurait des conséquences dramatiques sur la libre formation de l’opinion. La démocratie a besoin d’une SSR forte, de médias publics capables d’exercer leur rôle de contre-pouvoir, de gratter là où ça fait mal sans être tétanisés à l’idée d’un retour de bâton. L’affaiblissement de l’audiovisuel participe à offrir un boulevard aux tendances autoritaires. Et le contrôle des médias privés est un enjeu politique. En France, la galaxie Bolloré participe à une large diffusion des idées d’extrême droite dans la société française. Le milliardaire détient nombre de titres de presse, de chaînes audiovisuelles et s’est également emparé de maisons d’édition.
Quel qu’en soit le résultat, la votation laissera des traces. Et dans un monde qui vire dangereusement à droite toute, la RTS devra maintenir le cap, oser aborder franchement les défis de société et exercer plus courageusement son rôle de contre-pouvoir.