«Gaza, Gaza, l’Unil est avec toi!» Début mai 2024, quand le slogan retentit dans le bâtiment Géopolis de l’université de Lausanne, la mobilisation ne fait que commencer. Elle fait écho à l’occupation du campus de Columbia, à New York, contre le génocide perpétré par Israël à Gaza et les complicités académiques. La Coordination étudiante pour la Palestine (CEP-UNIGE) occupe à son tour le bâtiment d’Uni Mail à Genève, et le message se répand: la solidarité n’est pas un crime.
–> Lire notre article rétrospectif sur les mobilisation estudiantines
Un impératif moral et une responsabilité politique. Car les universités suisses collaborent, elles aussi, avec des institutions académiques israéliennes. Or, ce qu’a démontré notamment la chercheuse Maya Wind, c’est que le système universitaire israélien est un pilier du projet colonial et de l’apartheid qui opprime les Palestinien·nes. Comment dès lors détourner le regard, au moment où s’abattaient tous les jours sur une population gazaouie sans défense des bombes high-tech, tuant et mutilant sans distinction, anéantissant les systèmes universitaire et hospitalier?
Les rectorats de nos unis ont été mal pris. Derrière la bienveillance de façade, le bras de fer s’est engagé, l’ambiance prenant un tour maccarthyste lorsqu’un professeur solidaire – Joseph Daher – a été mis à l’écart par l’Unil sous des prétextes fumeux. Une partie du monde politique et des médias a émis une déferlante d’accusations infondées – à commencer par l’antisémitisme – afin de discréditer le mouvement. Il fallait avoir la mémoire bien courte pour feindre l’indignation et dénoncer les blocages, au vu de la longue tradition de l’engagement estudiantin: révolte de Mai 68, soulèvement des campus étasuniens contre la guerre au Vietnam, protestations contre le régime des mollahs, en Iran, ces derniers jours encore.
Au bout du compte, certains partenariats académiques ont été abandonnés et un travail de réévaluation des critères a été entrepris. Mais la prise de conscience demeure timide – en témoigne l’attachement réaffirmé par l’université de Genève à sa «réserve institutionnelle», bien déconnectée du réel. Pendant ce temps, à Gaza, le génocide se poursuit, à bas bruit.
L’honneur perdu de la Suisse aura été – un peu – sauvé par les mobilisations estudiantines. C’est cet élan courageux et à contre-courant que la Nouvelle association du Courrier, éditrice de votre journal, salue aujourd’hui en remettant son Prix des droits humains aux collectifs genevois et vaudois qui ont mené la lutte. En attendant la cérémonie fixée au 10 mars, nous revenons avec quelques acteurs et actrices du mouvement sur leur engagement.