Pourquoi des centaines d’étudiant·es choisissent-ils et elles chaque été de crapahuter sur une terrasse en servant des client·es parfois peu amicaux·les au lieu de faire trempette dans le lac? L’évidence qui veut qu’un travail a pour vocation première d’obtenir un salaire décent semble échapper à la majorité du Grand Conseil qui a voté une dérogation au salaire minimum pour les jobs d’été, une garantie générale ayant pourtant été acceptée par la population genevoise. Ce 8 mars, ce sera au peuple d’avoir – à nouveau – le dernier mot.
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Les élu·es de droite, sous couvert de «sauver les jobs d’été», proposent de permettre dans ce type d’emplois la rémunération à 75% de la valeur prévue par la loi. Cela équivaudrait à un salaire horaire de 18,44 francs en 2026 pour «les activités professionnelles occasionnelles exercées durant les vacances scolaires et universitaires par des étudiant·es immatriculé·es dans un établissement de formation reconnu, pour une durée maximale de soixante jours par année civile.» Autrement dit: le rabotage d’un quart d’une rémunération déjà établie comme le seuil le plus bas permettant de vivre dans le canton.
Les partisan·es de cette réforme soutiennent en partie leur réflexion par un sondage de la Fédération des entreprises romandes, datant de 2024. Or, sur seulement 110 sociétés ayant répondu de manière complète, 42% des entreprises – soit une minorité – annoncent avoir renoncé à proposer des jobs d’été. Sur celles-ci, une part de 60% désigne le salaire minimum comme un obstacle… soit 27 établissements sur l’ensemble du canton. Un sacré tour de passe-passe arithmétique est nécessaire pour en tirer des conclusions alarmistes.
A l’inverse, une enquête publiée en 2022 par l’Observatoire de la vie étudiante de l’université de Genève devrait susciter des réponses collectives: «Parmi les étudiant·es qui exercent une activité rémunérée, près de la moitié estime qu’elle est absolument nécessaire. [Et parmi elles et eux], plus des trois quarts l’estiment nécessaire pour pouvoir assurer leurs dépenses de première nécessité.» Un lien direct entre besoins financiers et dégradation de la santé mentale est par ailleurs établi.
Le discours qui voudrait que les jobs d’été soient avant tout une «chance» de découvrir le monde du travail ne tient pas. Pas plus que celui qui nie un quelconque «besoin des entreprises» et qui laisse penser que ces engagements relèvent uniquement de l’altruisme du patronat. Si c’était le cas, pourquoi les entreprises n’engagent-elles donc pas les étudiant·es à temps partiel l’été, pour contenir leurs coûts? Là, la droite sacralise le «vrai travail», qui se doit d’être, à ses yeux, à temps plein. Contradiction, quand tu nous tiens…