L’initiative pour un fonds climat, qui prévoit d’investir 0,5% à 1% du PIB pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, fait peu parler d’elle. Elle répond pourtant à un enjeu crucial: la Suisse est loin d’atteindre ses objectifs climatiques et des moyens colossaux sont nécessaires pour mettre en place les mesures pour la transition.
Ce n’est pas la première fois que la gauche met la question du financement sur la table. En novembre dernier, l’initiative pour l’avenir lancée par la Jeunesse socialiste, qui prévoyait de financer les mesures climatiques par un impôt sur les successions, subissait un échec retentissant dans les urnes, après avoir été férocement combattue par la droite. Investir entre 0,5 à 1% du PIB pour le climat reste peu ambitieux face à l’ampleur de la tâche. Selon un rapport de l’Association suisse des banquiers, qu’on ne peut soupçonner de poursuivre un agenda de gauche, les besoins s’élèvent à 12,9 milliards de francs par an, soit 2% du PIB. Les expert·es du GIEC évaluent pour leur part les investissements nécessaires de 2% à 4% du PIB mondial. Avec un apport plus conséquent des pays industrialisés, qui portent une responsabilité historique dans le dérèglement climatique.
L’initiative pour un fonds climat ne vise pas de nouvel impôt. Elle entend soustraire les investissements au frein à l’endettement. La proposition fait bondir la droite, qui brandit le spectre d’une explosion de la dette. Une réflexion plutôt cocasse, alors qu’on sait que les investissements qui ne sont pas faits aujourd’hui engendreront des coûts colossaux demain. Ce n’est pas en mettant la tête dans le sable que la question climatique sera réglée.
Compter sur les mesures incitatives et les investissements privés ne fonctionne pas – le retard pris dans tous les domaines le démontre, que ce soient les rénovations énergétiques, l’énergie renouvelable ou la mobilité. Des voix économiques s’élèvent d’ailleurs en faveur des investissements publics, arguant que le marché pâtira aussi des conséquences de l’inaction et que les acteurs privés ont besoin d’un signal pour dépasser des logiques court-termistes.
Quant au Conseil fédéral, il fait part d’un manque de volonté crasse. Il a affirmé que la création d’un fonds pour le climat n’était pas souhaitable, avant de proposer un mécanisme similaire… pour financer l’armement, en augmentant la TVA, avec possibilité d’endettement. Croire que l’on pourra préserver des conditions viables sans engagement fort en faveur de la transition climatique relève du mirage. Chars, drones et avions de combat ne nous protégeront pas de l’emballement des températures. La lutte sera difficile. La mobilisation est indispensable pour remettre, encore et encore, le climat sur le devant de la scène. En matière de dérèglement, chaque dixième de degré fait la différence.