L’initiative pour un fonds climat, soumise au vote le 8 mars, propose de créer un fonds public alimenté chaque année à hauteur de 0,5% à 1% du PIB (soit 4 à 8 milliards de francs) pour financer la transition écologique. Le comité d’initiative, composé notamment du PS, des Verts et des syndicats comme Unia et l’USS, estime que ce fonds n’est pas une dépense, mais un investissement productif.
Plutôt que de voir des milliards quitter la Suisse pour acheter du pétrole ou du gaz, l’argent servirait sur place à financer des travaux d’isolation via un programme d’assainissement massif des bâtiments et l’installation de panneaux solaires. Le fonds climat aiderait nos industries «lourdes» ciment, chimie, acier – à changer leurs processus (stockage CO2, hydrogène vert, etc.). En favorisant les métiers de la transition, elle garantirait des emplois sûrs et qualifiés dans toutes nos régions. Le fonds financerait la reconversion professionnelle des travailleur·euses du secteur fossile, par exemple les chauffagistes traditionnels, vers les métiers du renouvelable.
En remplaçant les énergies fossiles par des énergies renouvelables indigènes – solaire, éolien, hydraulique – la Suisse réduirait sa vulnérabilité aux chocs de prix mondiaux et aux ruptures d’approvisionnement. Et sa dépendance politique envers des pays exportateurs d’énergies fossiles (Russie, monarchies du Golfe, Azerbaïdjan et autres régimes autocratiques), dont les valeurs sont très souvent contraires à celles de notre démocratie.
Par son Green Deal européen, l’Union européenne prévoit un vaste plan d’investissement visant à mobiliser au moins 1000 milliards d’euros sur dix ans. En comparaison, la Confédération ne manque pas de moyens, mais de volonté d’investir massivement dans les énergies renouvelables. Ce fonds climat garantirait que l’argent serait dépensé à bon escient. Actuellement, la Suisse recourt aux compensations de CO2 à l’étranger plutôt que de réduire ses émissions sur son propre sol.
Depuis 2020, le Parlement a adopté plusieurs textes pour atteindre l’objectif «Zéro émissions net d’ici 2050». Pour les opposants au fonds climat (Conseil fédéral, UDC, PLR, Le Centre), ces lois sont suffisantes. Elles prouvent que la Suisse a déjà une feuille de route budgétée et acceptée par le peuple. Or, si les lois existent, leur application rencontre plusieurs freins majeurs et elles ne pourront pas mener aux émissions zéro en 2050. Notre pays manque de main-d’œuvre qualifiée. Il nous faudrait des milliers d’installateurs de pompes à chaleur, d’électriciens et de spécialistes en isolation pour suivre le rythme des subventions disponibles. Malgré les simplifications de la loi de 2024, les recours juridiques (associations de protection du paysage, riverains) restent nombreux pour les projets éoliens ou les grands parcs solaires alpins. Le réseau local n’est pas toujours prêt à accueillir l’électricité produite par des milliers de nouveaux toits solaires, ce qui nécessite des travaux d’infrastructure lourds et coûteux.
Les opposants au fonds climat invoquent également le sacro-saint frein à l’endettement. Le fonds climat ferait exploser la dette publique. Elle forcerait tôt ou tard à augmenter massivement la TVA ou l’impôt fédéral direct pour payer les intérêts de la dette. Or, la Suisse est peu endettée. Le frein à l’endettement actuel est trop rigide face au danger vital que fait peser le réchauffement climatique sur notre avenir. Pour rappel, la Suisse se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Ne pas investir maintenant créera une «dette climatique» et des coûts de réparation bien plus élevée pour les générations futures.
Comme le souligne l’Asloca, si un propriétaire change son chauffage à ses frais, il peut augmenter le loyer. Le fonds climat financerait directement les travaux. En échange, les propriétaires ne pourraient pas répercuter les coûts sur les loyers. Les locataires y gagneraient doublement: un loyer stable et des charges de chauffage (mazout/gaz) qui disparaissent. Le fonds climat permettrait aussi de financer la revitalisation des rivières pour éviter les inondations et adapter les forêts au réchauffement pour qu’elles continuent de protéger les routes contre les avalanches. Il permettrait enfin de soutenir l’agriculture dans la création de sols qui absorbent le CO2.