En ce jeudi soir, il pleut abondamment sur le Palais Anna et Jean-Gabriel Eynard. La petite vigne à un jet de copeaux de bois semble, elle, retrouver des couleurs. A l’intérieur de ce bâtiment municipal, une bonne centaine d’invité·es (journalistes, politiques, soutiens sans faille du journal ou simplement amies et amis) sont présent·es pour cette cérémonie de remise au Courrier de la médaille «Genève reconnaissante». Formellement, cette distinction a été remise à la Nouvelle association du Courrier (NAC), qui chapeaute le journal et est dirigée par Florio Togni, grand timonier de la NAC depuis une bonne vingtaine d’années. Etait, car il vient de passer la main au nouveau président de la NAC, Michel Jeanneret, secondé par Julia Richet, qui assume depuis peu la fonction de vice-présidente.
Quelle mouche a donc piqué la Ville de Genève pour honorer ainsi le travail du Courrier? Pour les autorités municipales, «à l’heure où l’on observe une concentration massive des médias, Le Courrier est l’un des derniers titres indépendants des grands groupes de presse, conservant une liberté de ton et une capacité d’investigation affranchie de tout alignement sur des intérêts économiques ou politiques dominants».
Laudatio de Mona Chollet
Pour ouvrir le bal sous les ors du Palais Eynard, c’est Mona Chollet, journaliste et écrivaine que l’on ne présente plus, qui a, dans un laudatio empreint d’émotion, retracé son parcours au sein du Courrier et partagé son attachement à notre journal – que l’on vous laisse découvrir dans son discours publié (ci-dessous) in extenso. Avant de céder la parole à Alfonso Gomez, maire de Genève. «Lorsque les médias, ce quatrième pouvoir indispensable au bon fonctionnement de nos sociétés démocratiques, deviennent outil de propagande ou de divertissement anesthésiant, lorsqu’ils sont muselés ou instrumentalisés, ils ne remplissent plus leur rôle. Les conséquences en sont dramatiques: lorsqu’ils sont affaiblis, c’est la démocratie tout entière qui est en péril». Et le magistrat de préciser les raisons de cette récompense qui se veut hautement symbolique. «C’est dans ce contexte inquiétant d’une information libre et indépendante en danger (…) que la Ville de Genève a fait le choix de remettre ce soir la médaille ‘Genève reconnaissante’ à la Nouvelle association du Courrier».
Les pupilles noires d’encre, Philippe Bach, membre du comité de rédaction du Courrier, a, lui, livré son sentiment sur cette reconnaissance des pouvoirs publics. «Mon premier réflexe a été de penser qu’un journal non seulement ne doit pas se faire remettre une médaille, mais même pas la mériter. La mériter c’est faillir. Comme notre fonctionnement se veut participatif, j’ai fait un sondage dans l’équipe: je me suis retrouvé tout seul à penser comme cela. On m’a dit d’arrêter de faire mon dogmatique!» Et de poursuivre dans un registre plus solennel. «Face au retour en grâce en droit de citer d’idéologies autoritaires et antidémocratiques qui prospèrent dans l’angle mort de la déshérence médiatique, Le Courrier continuera de se battre contre ces négativités. Nous continuerons contre vents et marées de porter la voix des sans voix, de défendre un monde plus équitable, moins guerrier, basé sur l’échange et la convivialité plutôt que sur la concurrence et le mépris de la personne humaine».
Réception à la villa La Grange
Après ces éloges et une soyeuse partie musicale assurée par Sophie et Michel Tirabosco, suivis par une verrée. Changement de lieu et d’atmosphère pour les agapes. La conseillère administrative Marjorie de Chastonay et le maire Alfonso Gomez ainsi que Mona Chollet, se sont donc retrouvé·es à la villa La Grange entouré·es par une vingtaine de membres de l’équipe et de la NAC. Au beau milieu d’un parc La Grange, dans le quartier des Eaux-Vives, plongé dans une profonde nuit sans lune, face à un lac impavide dont on entendait à peine les clapots.
Cette adresse, au cœur de ce vaste jardin richement arboré, est maintenant bien connue puisque la maison de maître, édifiée peu avant la révolution française par la famille Lullin, a vu passer du monde entre ses quatre murs. Dont, en 2021, un certain Joseph Robinette Biden Junior, et son homologue russe Vladimir Vladimirovitch Poutine. Tous deux cornaqués pendant ce sommet qui se voulait historique par Guy Parmelin, président de la Confédération d’alors.
En ce jeudi soir, le parc est royalement désert. Pas d’émissaires américains ni de représentants russes à l’horizon. A l’intérieur, c’est beau, c’est doré à souhait. Quoique la déco style rococo soit un poil chargée. Qu’importe finalement. A cheval donné (prêté en l’occurrence) on ne regarde pas les dents, dit-on. Côté ripaille, il faut bien avouer que la Ville fait rarement les choses à moitié. C’est nature morte sur nappe blanche. Entrée, plat, dessert.
Comme pour tout·es invité·es des autorités municipales, les commensaux ont ensuite eu droit à un privilège rare: la visite de la bibliothèque de style Empire avec ses plafonds en trompe l’œil et ses 12’000 ouvrages et incunables légués par Guillaume Favre, né à Marseille en 1770. Un voyage livresque proposé par Evelyne Châtelain, intendante et «gardienne des clés», qui veille depuis plus de trente ans sur cette demeure de prestige.
La médaille dorée remise par la Ville reconnaissante trône en bonne place dans nos bureaux de la Jonction. Une distinction qui nous «oblige», certes, surtout à continuer notre incessant travail d’information sans concessions, avait souligné Philippe Bach. Car comme ce dernier l’a malicieusement glissé dans son discours au Palais Eynard, «Mesdames et Messieurs des autorités municipales, soyez certaines et certains que nous saurons nous montrer ingrats et continuer, sinon à chercher votre jugulaire, du moins à continuer de mordre vos mollets en bon watch dogs de la démocratie.»
Retrouvez-ici les trois autres discours:
Alfonso Gomez: «Le Courrier incarne une presse libre, critique et responsable»
Julia Richet: «Pas un aboutissement, mais un encouragement»
Philippe Bach: «C’est le rôle du Courrier dans la Cité qui est primé»
Passage de témoin à la présidence du Courrier

Jeudi soir, la Médaille «Genève reconnaissante» a été remise entre les mains de Florio Togni. Ce dernier a présidé – avec une pause – durant près de vingt-cinq ans aux destinées du Courrier au sein de son organe éditeur, la Nouvelle association du Courrier (NAC). C’est cette longévité qui a été symboliquement reconnue lors de cette cérémonie. Mais les meilleures choses ont une fin. Depuis le 1er janvier de cette année, cette lourde et bénévole tâche est désormais assumée par Michel Jeanneret. Retraité, titulaire d’une licence en histoire économique, ce dernier a un long passé de militance pour les droits politiques et syndicaux. Il a travaillé comme enseignant à l’ECG Jean Piaget et aucollège de Candolle.
En alternance, il a aussi œuvré comme délégué au sein du CICR (Comité international de la Croix-Rouge) dans les années 1990 et le début des années 2000. Il est ensuite retourné à sa formation initiale d’enseignant d’histoire et de sociologie. Puis de doyen dans la section pour adultes de l’Ecole de culture générale (ECG) du soir. Dans cette fonction de présidence de la NAC, il est secondé à la vice-présidence par Julia Richet, spécialiste dans les secteurs énergie et durabilité. PBH