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«Siamo tutti antifascisti!»

KEYSTONE
Antifascisme

«La guerre, c’est la paix.» La novlangue inventée par Orwell dans 1984, roman dystopique en passe d’être ringardisé par le réel, résonne avec les inversions sémantiques d’aujourd’hui. A Gaza, un cessez-le-feu tue quotidiennement des civils, tandis qu’un Conseil de la paix est chapeauté par les criminels de guerre eux-mêmes, les Etats-Unis et leur protégé israélien.

En France, une séquence ahurissante se déroule sous nos yeux depuis la mort, samedi, de Quentin Deranque. Mort tragique, que personne n’imagine cautionner, quoi qu’on pense des idées du militant d’extrême droite de 23 ans. Passé par l’Action française fondée en 1899 par Charles Maurras, idéologue monarchiste et antisémite, le jeune homme, selon Mediapart, a participé en 2025 au défilé néonazi du Comité du 9-Mai à Paris.

Or voilà que l’Assemblée nationale dédie une minute de silence à Quentin Deranque. Ce qu’elle n’a fait pour aucune des nombreuses victimes du néofascisme1>L’historien spécialiste de l’extrême droite et des violences politiques Nicolas Lebourg, cité par Libération, recense 6 personnes tuées par la gauche et 59 par la droite, depuis 1986.. A en croire les chaînes d’info en continu et la presse réactionnaire, les apôtres de la haine seraient de braves catholiques inoffensifs, et c’est l’antifascisme, ennemi désigné de la démocratie, qui tuerait par principe.

L’inversion est scandaleuse au regard de l’histoire. Quatre-vingts ans après la Libération, dans la France des collabos vichystes et des résistant·es communistes, une validation diabolique du narratif d’extrême droite se joue, avec la caution du gouvernement. Le macronisme agonisant trouve dans le décès de Quentin Deranque l’occasion rêvée de mettre hors jeu la seule force de gauche capable de lui tenir tête, La France insoumise (LFI). Cela avec le soutien d’un PS déliquescent, devant des écolos et un PC tétanisés, sous les aboiements d’une droite déchaînée.

Le piège, redoutable, se referme sur la gauche radicale antifasciste. Car le député LFI Raphaël Arnault est le fondateur de la Jeune Garde, groupe dissout l’an dernier par le gouvernement, mais dont des membres sont soupçonnés d’avoir pris part à la rixe durant laquelle Quentin Deranque a pris des coups mortels. Rixe qui eut lieu en marge d’une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan, elle aussi LFI.

Comment en sortir? En réaffirmant, comme l’a fait Manuel Bompard, coordinateur du parti, son opposition ferme à toute violence non strictement défensive. Sans pour autant désavouer l’autodéfense populaire, légitime face au fascisme d’une part, et à la démission des pouvoirs publics d’autre part.

Face à l’inexorable montée de la vague brune, plus que jamais, il faut scander: «Siamo tutti antifascisti!»

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