L’extrême droite exulte. L’eurodéputée Marion Maréchal s’est même fendue d’une vidéo pour crier victoire. Une alliance entre extrême droite et droite dite classique a fait passer mardi deux lois au Parlement européen durcissant de manière substantielle la politique migratoire.
Sur la base de ces deux textes, il sera possible pour les Etats membres de l’Union européenne (UE) de renvoyer les demandeur·euses d’asile vers des pays dont ils et elles ne sont pas ressortissant·es mais qui sont considérés comme «sûrs». Très concrètement, c’est la première ministre Giorgia Meloni qui est l’inventeuse de ce mécanisme, l’Italie ayant passé des accords en ce sens avec l’Albanie. La Grande-Bretagne voulait passer un arrangement similaire avec le Rwanda pour se débarrasser de ses réfugié·es débouté·es. Des obstacles juridiques ont néanmoins bloqué le projet.
En clair: c’est la porte ouverte à la création de hubs d’expulsion. Des réfugié·es vont se retrouver renvoyé·es vers des pays avec lesquels ils et elles n’ont aucun lien. Ces pays où l’asile sera externalisé se devront de respecter les droits fondamentaux; on se doute que l’UE ne sera pas très regardante en la matière.
Deuxième volet de cet accord: une liste de pays également qualifiés de «sûrs». Les ressortissant·es de ces Etats se verront privé·es presque totalement du droit de déposer une demande d’asile. Cette liste comprend le Kosovo, le Bangladesh, la Colombie, l’Egypte, l’Inde, le Maroc et la Tunisie. A voir ce qui est désigné comme sûr, il y a tout lieu de s’inquiéter des pays qui seront jugés acceptables pour accueillir les hubs d’expulsion. De plus, chaque pays membre de l’UE aura par ailleurs tout loisir de compléter cette liste à sa guise…
Le vote de ces lois est consternant à double titre. Tout d’abord, il s’inscrit dans le continuum du pacte migratoire qui devrait entrer en vigueur en mai prochain et du principe de la forteresse Europe. Des milliers de personnes se noient dans la Méditerranée; l’UE verrouille un peu plus ses frontières. Difficile de trouver dans cette politique la moindre once d’humanité. Nul doute que la Suisse sera prompte à s’adapter à ce nouveau durcissement.
Et, politiquement, on constate que la frontière entre droite et extrême droite est devenue de plus en plus poreuse. Il n’est plus question de barrage républicain, il est tellement plus facile de se vautrer dans le populisme de bas étage. Cette alliance annonce les suivantes. On sait comment cela finit: l’une des forces va dévorer l’autre. C’est à une fin de cycle qu’on assiste: celle du libéralisme mourant et exsangue qui accouche de monstres. Pour l’instant, la foudre s’abat sur les plus vulnérables, mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin?