C’est avoir de la suite dans les idées. Le Conseil d’Etat genevois a annoncé mercredi avoir adopté un projet de loi «schubladisant» l’indexation à l’évolution réelle des primes maladie des subsides d’assurance-maladie versés aux revenus modestes. Cette coupe est antisociale. Environ 40% des Genevois·es sont dépendant·es de cette aide pour accéder aux soins de base. Ce gel permettrait d’économiser 14 millions de francs l’an prochain et 30 millions à l’horizon 2029. Le signe que l’on ne s’attend pas à un ralentissement de ce système devenu hors contrôle.
Et la mesure est politiquement scandaleuse à double titre. Les caisses sont vides, entend-on piailler sur les bancs du parlement cantonal. Ceci alors que les mêmes assuraient la bouche en cœur que l’on pouvait sans autre baisser les impôts pour flatter dans le sens du poil leur clientèle de nanti·es.
Cerise sur le gâteau: le déficit invoqué pour justifier cette coupe au nom de la vertu budgétaire ne semble même pas au rendez-vous. Non par un miracle d’un effet de relance via les baisses d’impôts mais parce que l’économie suisse, et particulièrement celle du bout du lac, est sans doute plus résiliente qu’il n’y paraît. Là où le Conseil d’Etat annonçait un déficit de 256 millions l’an passé, les comptes pourraient mêmes être à l’équilibre, comme l’annonçait la Tribune hier sur son site internet.
Cela laisse augurer de débats budgétaires – assortis d’un plan d’économies annoncé – compliqués. Et plaide pour ne pas se laisser enfumer par la clique libérale qui fait la loi au parlement genevois. Il n’y aucune raison de s’attaquer au rôle social et redistributeur de l’Etat. En cas de boni futur, le discours en forme de mantra des partis bourgeois sera de toute façon le même: on peut de nouveau faire des cadeaux aux gros revenus; et laissons les pauvres payer les pots cassés.