Skip to content

Le Courrier L'essentiel, autrement

Je m'abonne

Lutte des classes par en haut

Les membres de la fonction publique vaudoise se sont mobilisé·es en masse face au démantèlement des services publics, ici le 9 décembre 2025. KEYSTONE
Syndicats

La santé des salarié·es se dégrade. Mardi, l’Union syndicale suisse (USS) a tiré la sonnette d’alarme lors de sa conférence de presse annuelle: les absences pour cause de maladie au travail se multiplient, et la probabilité de devenir invalide est repartie à la hausse – pour la première fois en vingt ans.

La dégradation des conditions de travail joue un rôle central dans cette régression. L’USS dénonce notamment la pression à la productivité et la porosité entre vie professionnelle et vie privée – couplées à l’absence de mesures de contrôle et de prévention de la santé. En 2024, l’Office fédéral de la statistique pointait de son côté la progression du stress et de l’épuisement au boulot, corrélés à une augmentation des cas de burnout1>Le Courrier, 23 mai 2024..

La pénibilité du travail augmente. Sa rémunération, en revanche, pique du nez. Entre 2020 et 2025, le gel des salaires imposé par une majorité d’employeurs s’est traduit par un manque à gagner de 6000 francs par an pour un couple touchant un revenu moyen, selon les calculs de la faîtière syndicale. Or durant la même période, les loyers et les primes d’assurance-maladie n’ont cessé d’augmenter.

Tandis que les employé·es se serrent la ceinture, «les hauts salaires et les plus riches ont accaparé une part toujours plus grande de la richesse nationale», constate l’USS. Une part croissante des bénéfices obtenus par la mise sous pression accrue du travail est en effet empochée par les dirigeant·es et propriétaires des entreprises. En 2025, les 200 groupes cotés à la bourse suisse ont ainsi ristourné plus de 55 milliards de francs – un record – à leurs actionnaires, sous la forme de dividendes2>Handelszeitung, 7 avril 2025.. La tendance n’est pas près de s’arrêter: 2026 s’annonce comme un nouveau millésime d’exception pour les détenteur·trices de capitaux3> Finanz und Wirtschaft, 27 janvier 2026..

«Les milieux économiques dominants relancent la lutte des classes», résume Pierre-Yves Maillard, président de l’USS. En réalité, c’est depuis le virage néolibéral des années 1990 que la bourgeoisie helvétique rogne méthodiquement les droits et conditions de vie des salarié·es. Elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Epaulées par la droite, les faîtières patronales attaquent les salaires minimaux cantonaux, tentent d’allonger le temps de travail et de repousser l’âge de la retraite, tout en taillant dans les dépenses publiques. Face à cette lutte des classes menée par en haut, une relance des mobilisations d’en bas s’impose. A l’image de la bataille historique menée fin 2025 par la fonction publique vaudoise contre le démantèlement orchestré par l’exécutif cantonal.

Notes[+]