L’article «Des employé·es de la FASe en attente de revalorisation», paru dans Le Courrier du 22 décembre, montre bien l’aggravation des paradoxes et dérives éthiques déjà maintes fois relevés dans ses colonnes1>«Le personnel quitte la Fondation pour l’animation socioculturelle», 14.05.2014; «Ce sont les valeurs mêmes de l’animation socioculturelle qui sont attaquées», 22.11.2010; «Maisons de quartier sous pression», 02.10.2009..
En effet, la gouvernance de la Fondation pour l’animation socioculturelle (FASe) s’oppose toujours plus aux valeurs intrinsèques et inhérentes à l’animation socioculturelle: la participation, le changement social, la solidarité, l’éducation populaire, l’émancipation… Une démocratie participative co-construite depuis les années 1960, qui tient à «privilégier la relation, ‘l’être’ sur ‘le faire’»: «On ne fait rien pour les gens si on ne le fait pas avec eux», précise la Charte cantonale des centres. Le rapport de la Cour des comptes de mai 2021 l’avait pointé, le rapport du mandat de concertation Zuin de février 2023 l’a encore confirmé. Le Conseil d’Etat était alors bien obligé de reconnaître un «conflit ouvert depuis plusieurs années». Mais pourquoi ne met-il rien en œuvre pour y remédier?
En novembre 2008, le conseiller d’Etat Charles Beer – devenu président du Conseil de la FASe en 2018 – annonçait l’élaboration participative d’un Projet institutionnel. Quatre groupes de travail et dix-sept ans plus tard, le projet ne comporte qu’une partie «gouvernance et organisation», validée en 2010, laquelle devait «compléter le document Projet institutionnel en cours de rédaction».
Mais la FASe et son secrétariat général commençaient seulement à marcher sur la tête puisque pas un mot n’a été ajouté depuis. Pire encore, certain·es créent du flou en remettant ouvertement en question la Charte cantonale des centres signée en 1993 (cinq ans avant la création de la FASe) par les quatre partenaires qui s’engageaient à «la respecter, c’est-à-dire à favoriser sa mise en œuvre, concrétiser son contenu, la présenter et la diffuser largement».
La FASe préfère développer et valoriser une gouvernance «par le haut» au détriment des relations de terrain «par le bas» et des fonctions précaires. Les faits le démontrent clairement, même si le secrétaire général le dément dans l’article du Courrier, alors qu’il recrute des cadres qui ignorent souvent les valeurs métier de l’animation socioculturelle, voire s’y opposent.
Alors les acteur·rices de terrain dont les pratiques se rapprochent le plus de ces valeurs, qu’iels soient professionnel·les ou bénévoles-militant·es d’associations, se voient maltraité·es, agressé·es, ostracisé·es. La FASe ne respectant plus les valeurs du métier dont elle porte le nom, les comités d’associations (employeurs au quotidien) peinent toujours plus à embaucher des animateur·rices socioculturel·les formé·es.
Pour exemple très récent, des animateur·rices ont été interloqué·es lors d’une formation FASe, lorsque l’intervenante externe leur a conseillé de développer des «processus d’actorialisation» (ou promotion de l’individu en tant qu’acteur intentionnel, constructeur de son monde d’action). Ces types d’objectifs leur sont quotidiens car ils font partie des valeurs métier et de leur cahier des charges, en plein accord avec le comité associatif qui les a embauché·es. Mais des dirigeants FASe ou/et municipaux expriment souvent leurs désaccords et leur mettent des bâtons dans les roues. Des formes d’injonctions paradoxales du «modèle managérial moderne» telles qu’analysées par des sociologues comme Vincent de Gaulejac et Danièle Linhart.
Au vu de ces profondes divergences, les représentant·es du personnel avaient proposé de scinder l’institution en deux: une aile conforme aux processus «par le bas» de l’animation socioculturelle, et l’autre répondant aux mandats politiques «par le haut». Mais les gouvernant·es ont refusé toute discussion, enfreignant un peu plus la Loi cantonale «relative aux centres de loisirs et de rencontres et à la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle» (LCLFASe), qui stipule clairement que la FASe «est chargée d’un mandat au service des [associations de] centres» et que les associations «définissent la politique d’animation en conformité avec la charte cantonale des centres» (art.1, al. 2 et 3, al.2).
Notes