Primé à la Mostra de Venise et aux Journées de Soleure, Qui vit encore est à l’affiche en Suisse romande depuis mercredi. Ce documentaire humaniste et militant, réalisé par le Genevois Nicolas Wadimoff, recueille les témoignages de neuf Gazaoui·es qui ont pu fuir l’enclave avant mai 2024. Il fait entendre la voix des Palestinien·nes, et appelle à l’empathie toutes celles et ceux qui ferment encore les yeux sur le génocide en cours.
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Ce film salutaire rappelle le rôle essentiel que peuvent jouer les artistes, face à la faillite morale des gouvernements et à la complaisance des médias, majoritairement acquis au narratif israélien. Le fait qu’il soit réalisé par un cinéaste suisse n’est pas anodin. Car depuis le début des bombardements sur Gaza, notre gouvernement nous fait honte. La Suisse, comme la plupart des Etats occidentaux, se distingue par son silence complice, son inaction coupable, ou encore sa répression disproportionnée des manifestations de soutien au peuple palestinien.
Certes, le courage politique n’a jamais été une vertu helvétique. La Suisse préfère se cacher derrière sa neutralité, qui l’emporte sur sa tradition humanitaire – deux concepts modulables, selon les circonstances et les intérêts en jeu. Mais nos autorités et nos institutions déploient en l’espèce un zèle ahurissant dans le suivisme et la servilité.
Nicolas Wadimoff, qui a consacré un autre documentaire à l’UNRWA, nous l’a rappelé en interview. Si plusieurs pays avaient suspendu leur contribution au financement de l’agence onusienne d’aide aux Palestinien·nes, la majorité d’entre eux sont revenus sur leur décision, sauf Israël et les Etats-Unis, alors que la Suisse – reine du compromis – ne l’a rétablie qu’à moitié. Le cinéaste peut aussi en témoigner à titre personnel: les protagonistes de Qui vit encore s’étant vu refuser leur visa, il a dû déplacer le tournage en Afrique du Sud.
On ne peut ignorer impunément un génocide. La journaliste gazaouie Haneen Harara, qui témoigne dans ce documentaire, nous le dit avec force et conviction: «Ceux qui acceptent l’injustice doivent s’attendre à subir les conséquences de leur silence.»