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Le Courrier L'essentiel, autrement

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Douceur et violence dans le Hors champ

Marie-Hélène Lafon revient au paradoxe entre l’attachement à un paysage et la rudesse du quotidien ­paysan dans Hors champ, son 11e roman.
Roman

La culpabilité des évadés qui abandonnent leurs compagnons d’infortune, c’est ce que ressent Claire, l’un des deux personnages du 11e roman de Marie-Hélène Lafon. Elle a quitté la ferme natale du Cantal pour étudier puis vivre à Paris et a fui «trente-cinq ans, quarante ans de haine recuite».

Celle qui stagne entre son frère Gilles et leur père, fatalement liés par la terre puisque c’est à Gilles que revient la ferme selon la tradition patriarcale. Exonérée, Claire, du travail harassant, de l’avenir plombé et du suicide qui hante son frère, dont l’ami Didier s’est pendu.

La cause de cette animosité entre père et fils reste dans l’ombre, Hors champ. L’autrice explore ici le paradoxe entre l’attachement à un paysage et la rudesse du quotidien ­paysan. Alternant les points de vue de Gilles et de Claire, elle déploie toute la justesse et la sobriété de son écriture pour dire la puissance et la douleur mêlées de l’enracinement, le désir que «ça s’arrête» et la beauté des étés au bord de la Santoire, avec «les ­libellules (…) ce secret vert et bleu, fugace et têtu». Marie-Hélène Lafon mord dans les mots, presse les adjectifs pour en extraire le suc, jusqu’à savourer même l’amertume de la langue. LA LIBERTÉ

Marie-Hélène Lafon, Hors champ, Ed. Buchet-Chastel, 170 pp..