La lutte contre l’exclusion dans l’éducation implique de faire en sorte de scolariser tous les élèves dans l’école de leur quartier, quels que soient leur handicap, leur origine sociale, leur langue ou leur genre. S’adapter à la diversité des besoins des élèves ne concerne pas seulement l’accessibilité universelle (rampes pour personnes en fauteuils roulants), mais aussi la différenciation pédagogique (supports et moyens de communication adaptés). Dans une société démocratique, l’école est le premier espace public où l’individu fait l’expérience de l’autre. En apprenant ensemble dès le plus jeune âge, les préjugés s’effritent. La cohésion sociale se forge au contact des pairs au sein de la classe. Sans une école qui vise à inclure, les inégalités de départ se transforment en exclusions sur le marché de l’emploi. Par ailleurs, une démocratie repose sur la capacité de ses membres à débattre et à comprendre le monde. Exclure un enfant du système éducatif classique, c’est donc aussi l’exclure d’une partie de sa citoyenneté future. Enfin, en grandissant aux côtés de camarades ayant des besoins spécifiques, un enfant évolue en adulte pour qui l’inclusion devient un réflexe naturel plutôt qu’une contrainte légale.
Le Comité des droits des personnes handicapées a clarifié en 2016 les obligations des Etats concernant l’article 24 de la Convention de l’ONU sur les droits des personnes handicapées (droit à l’éducation). Il plaide pour le concept d’inclusion qu’il oppose à celui d’exclusion, d’intégration ou de ségrégation. A propos de la ségrégation, le comité souligne que le fait de séparer les enfants sur la base de leur différence est une forme indigne de discrimination. Un enfant qui grandit dans un centre spécialisé n’apprend pas à vivre dans la société «réelle», et la société n’apprend pas à vivre avec lui. Par ailleurs, dans un système ségrégatif, les Etats financent deux systèmes parallèles (l’école ordinaire et les institutions spécialisées). Ces ressources pourraient être fusionnées pour rendre l’école ordinaire accessible à tous.
Environ 1,8 million de personnes vivent avec un handicap en Suisse. Les pratiques varient beaucoup d’un canton à l’autre. Certains fournissent des efforts d’inclusion (comme le Tessin ou Genève dans une certaine mesure), tandis que d’autres restent très conservateurs. En 2022, le Comité de l’ONU a critiqué l’absence d’un plan d’action global et contraignant pour faire évoluer le système éducatif suisse. La Confédération dispose historiquement d’un système d’enseignement spécialisé très performant et doté de gros moyens. Ironiquement, c’est cette «qualité» du spécialisé qui freine l’inclusion: beaucoup de parents et de professionnels craignent que leur enfant soit moins bien encadré dans une classe ordinaire que dans une structure spécifique.
Soutenue par la Fédération genevoise des associations de personnes handicapées et leurs proches (Fégaph), le PS, les Vert·es, solidaritéS, le MCG et la Fédération des enseignant·es genevois·es (FEG), l’initiative «Tous ensemble à l’école» s’inscrit dans ce contexte. Elle vise à scolariser les élèves neuroatypiques dans les écoles régulières de leur quartier plutôt que dans des établissements spécialisés, à raison de 3 ou 4 élèves dans des classes inclusives, avec un·e professionnel·le de la pédagogie spécialisée. Les élèves qui ne pourraient pas en bénéficier devraient être scolarisés dans des classes spécialisées situées au sein des écoles régulières. Ainsi, les élèves à besoins spécifiques ne passeraient plus des heures dans les transports publics en étant scolarisés loin de chez eux. Un projet de loi accepté récemment prévoit la création de sept nouvelles écoles de pédagogie spécialisée dans le canton. Les initiants plaident pour que ces moyens financiers soient utilisés dans les écoles régulières et non plus à part, et qu’ils puissent servir à une meilleure formation des enseignants pour la pédagogie spécialisée.
Une soirée sur l’initiative «Tous ensemble à l’école» et le modèle d’inclusion tessinois aura lieu vendredi 30 janvier au Centre espoir, Genève, à 19h30.