Le soufflé semble retomber aussi vite qu’il était monté. La condamnation infamante pour injure et incitation à la haine raciale infligée à la militante antinucléaire genevoise Anne-Cécile Reimann prend l’eau. Lundi, une retraitée s’est en effet auto-dénoncée pour le placardage sur une galerie genevoise des deux billets antisémites imputés à l’activiste condamnée.
On constatera tout d’abord une légèreté certaine du Ministère public du bout du lac. La vidéo incriminée n’était guère probante, pour user d’un euphémisme. On ne reconnaissait pas sur ces images Mme Reimann. Au contraire.
Deuxième angle mort: l’expertise graphologique. Payée 13’000 francs, réalisée par un professeur de l’université de Lausanne, elle concluait à une probabilité 200 fois plus élevée que Mme Reimann était l’auteure de ces écrits que l’inverse, et a conduit à sa condamnation.
On voit pourtant que ce n’est pas une science exacte, et que traîner quelqu’un dans la boue sur une base aussi ténue et interprétable peut être contesté. Un peu d’autocritique du pouvoir judiciaire serait sans doute de mise. Un dédommagement pour tort moral devrait être envisagé.
Enfin, on constate que l’affaire a été instrumentalisée politiquement. L’UDC a demandé dans la foulée que la médaille «Genève reconnaissante» qui avait été décernée par la Ville à l’infatigable militante lui soit retirée. Ces réactions rapides visaient manifestement à décrédibiliser le mouvement de solidarité avec le martyre du peuple palestinien, autre cause pour laquelle s’investit Anne-Cécile Reimann.
Criminaliser le mouvement social, une vieille tactique qui semble de plus en plus usitée. Cette affaire doit aussi nous rappeler qu’on n’est pas obligé de se laisser manipuler de la sorte.