Des locataires qui apprennent leur éviction pure et simple, en vue de travaux de rénovation. La méthode n’est pas inédite à Genève, mais son ampleur, au boulevard Carl-Vogt, fait l’effet d’un séisme. Ce sont une centaine de foyers et quinze commerçants qui ont reçu la nouvelle comme une douche froide, en ce glacial mois de janvier.
En principe, la Loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d’habitation (LDTR) cadre les pratiques en assurant une protection des locataires, dont l’expulsion doit être l’exception et non la règle. Or ici la Caisse de pension du personnel de Bâle-Ville, propriétaire des immeubles concernés, se livre à une opération spéculative doublée d’un contournement de la loi, en congédiant les locataires avant le dépôt de la demande d’autorisation de construire. Pratique, mais abusif.
Evidemment, le contraste est grossier entre une caisse de pension alémanique richement dotée et les habitant·es d’un quartier populaire de Genève. Mais ne nous y trompons pas, de telles pratiques sont aussi l’apanage d’acteurs locaux de l’immobilier, qu’il s’agisse de rénover ou de surélever des bâtiments. Le tout drapé de vertu, sous couvert de réponse aux objectifs climatiques ou à la pénurie de logements, voire les deux en même temps. Prévoir des solutions de relogement temporaires et une réintégration n’entre pas dans les plans de la Caisse de pension bâloise: gageons que les futurs loyers prendront l’ascenseur.
Voilà donc un coup de force qui est aussi une mise à l’épreuve de la détermination du nouveau patron du Département du territoire, Nicolas Walder. Pour l’heure, le magistrat vert joue la prudence en s’en remettant à la loi. Dans un canton qui est une jungle de l’immobilier, on attend de lui une défense vigoureuse des principes. Le rapport de force est posé. En attendant la rencontre prévue entre les autorités et la régie Naef mandataire, la mobilisation des habitant·es, soutenu·es par l’Asloca, est le seul rempart tangible.