«Face à cette menace grandissante» (en référence à la Russie), La Liberté nous informe que le Conseil fédéral va mettre en consultation une nouvelle stratégie de défense 2026.1>Article repris dans Le Courrier du 15 décembre 2025:
lecourrier.ch/2025/12/15/moins-davions-pour-linstant/ La Russie, de son côté, affirme depuis longtemps qu’elle est menacée par l’Occident. Un simple coup d’œil à une carte de l’élargissement de l’OTAN (depuis 1999), ouvertement hostile à la Russie, suffit pour comprendre. On se trouve donc aujourd’hui dans la situation absurde d’une «menace mutuellement assurée», prélude à une «destruction mutuelle assurée» (MAD, Mutually Assured Destruction)2>Dite aussi «équilibre de la terreur», il s’agit d’une doctrine de stratégie militaire de dissuasion nucléaire datant de la guerre froide, ndlr.. Afin d’éviter le pire, il est urgent et essentiel d’évaluer les menaces – ressenties, réelles, ou imaginaires – qui pèsent sur chaque Etat.
Le refrain de la «menace russe» est le moteur du réarmement et de la militarisation. Les médias qui évoquent cette «menace» sans guillemets et sans analyse empêchent une évaluation sérieuse. Ils contribuent à la propagande de guerre, soutiennent les dépenses militaires faramineuses et accroissent le risque d’une guerre entre l’Europe et la Russie. Or n’oublions pas que la Russie est immensément riche en territoire et en ressources. Sa priorité n’est pas d’en acquérir davantage, mais d’assurer la sécurité de ses frontières.3>Hélène Richard, «Le glacis: une obsession russe», Le Monde diplomatique, avril 2024. Il n’y aucune indication qu’elle souhaite envahir le reste de l’Europe.
Aujourd’hui, au lieu de se préparer à la guerre, il faut «prévenir et écarter les menaces à la paix» (article 1.1 de la Charte de l’ONU) en prenant très au sérieux les préoccupations légitimes de sécurité de tous les Etats, y compris de la Russie. Il s’agit là d’une stratégie de défense et de la seule voie vers une paix durable.
Rappelons qu’en décembre 2021, afin de conjurer la menace et d’éviter la guerre, la Russie a soumis deux propositions de traités (aux Etats-Unis et aux membres de l’OTAN) pour négociation.4 En résumé: la fin de l’expansion de l’OTAN vers l’est et l’interdiction d’établir des bases militaires sur le territoire des anciennes républiques soviétiques non membres de l’OTAN. En réalité, ces deux documents vont bien plus loin, proposant un vaste projet de désarmement/démilitarisation et une structure de sécurité mutuelle paneuropéenne – un projet qui n’est pas sans rappeler la Maison commune européenne proposée par Gorbatchev.
Si l’Occident avait négocié avec la Russie en décembre 2021, il est presque certain que la guerre en Ukraine n’aurait pas eu lieu. Aujourd’hui, l’Ukraine serait neutre (comme promis) et le Donbass autonome au sein de l’Ukraine (comme promis).
Depuis le 24 février 2022, toute une série de négociations ont été sabotées par les «amis» occidentaux de l’Ukraine4>Marcus Stanley, «The Ukraine war after 3 years: roads not taken», Quincy Institute, 19.02.2025, https://tinyurl.com/4ba7nucn, qui voulaient affaiblir la Russie à travers une guerre de procuration5>David Ignatius, «The strategist in the hurricane», Washington Post, 31.12.2024, https://tinyurl.com/452s2hau. Résultat: environ un million de morts et de blessés [militaires et civils au total, selon diverses estimations]. L’Ukraine est dévastée, a perdu un quart de sa population, ainsi que deux, voire quatre provinces, au profit de la Russie. Chose choquante, en 2024, l’Ukraine affichait le taux de mortalité le plus élevé et le taux de natalité le plus bas au monde.
«Etre un ennemi des Etats-Unis est dangereux; être un ami est fatal.» La boutade du criminel de guerre Kissinger ne fera pas rire les Ukrainien·nes bien longtemps.
Notes