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Dangereuses manœuvres

Outre son combat antinucléaire, Anne-Cécile Reimann participe aux manifestations exigeant l’arrêt du génocide à Gaza. Photo: le 20 janvier 2026. JPDS
Genève 

La condamnation d’Anne-Cécile Reimann pour injure et discrimination raciale laisse incrédules bon nombre de militant·es. Figure de la République genevoise et du mouvement antinucléaire, elle est accusée d’avoir glissé un feuillet antisémite sous la porte d’une galerie genevoise, puis d’avoir récidivé en collant un placard similaire sur l’entrée de l’enseigne. Celles et ceux qui la connaissent de longue date ne croient pas un seul instant qu’elle ait pu commettre un acte aussi odieux.

Nous avons pu consulter l’ordonnance de condamnation. Qui appelle plusieurs remarques. Tout d’abord, on peut estimer que le Ministère public a eu la main lourde. Anne-Cécile Reimann a été condamnée à 43’000 francs d’amende et frais de justice. Ensuite, sur le fond du dossier, l’enquête semble avoir été menée surtout à charge et guère à décharge. Un recours a été déposé. Ce qui permettra de mettre à plat le dossier.

Au-delà de ces aspects formels, sur lesquels la justice reviendra dans le cadre de l’opposition déposée, on constate que la machine politique s’est immédiatement mise en marche. L’extrême droite udéciste exige – au mépris de la présomption d’innocence – que la médaille «Genève reconnaissante» qui lui avait été décernée par la Ville l’an dernier lui soit retirée. La Cicad, l’organisme intercommunautaire qui coordonne la lutte contre l’antisémitisme, se montre elle aussi très péremptoire.

Derrière cette affaire point donc la volonté de mettre au pas le mouvement social, en assimilant à de l’antisémitisme la défense de la cause palestinienne. Outre son combat antinucléaire, Anne-Cécile Reimann participe notamment aux manifestations exigeant l’arrêt du génocide à Gaza.

Ce type de manœuvres est dangereux. A double titre. Cela affaiblit l’indispensable lutte contre l’antisémitisme en assimilant la critique des actions criminelles d’Israël à la haine des juifs. Et cela sape les fondements de la démocratie en délégitimant la défense des règles du droit international et de l’élémentaire humanité qui sont quotidiennement bafouées à Gaza et en Cisjordanie. Nous avons collectivement tout à y perdre.

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