Ado, je tentais parfois de me la représenter au gré des cours d’histoire, de mes lectures et films que je visionnais. Plus récemment, dans un contexte de montée de l’extrême droite, indissociable de son culte de la force, je me suis pris à l’imaginer avec plus d’acuité. Et puis, il y a quelques jours de cela, pour la première fois de ma vie, j’en ai ressenti une peur profonde. La peur de la guerre.
Le 3 janvier dernier, les Etats-Unis ont attaqué le Venezuela et enlevé son président. Dictature ou non, un pays ne peut pas en bombarder un autre et kidnapper son ou sa dirigeante pour des motifs ouvertement économiques. Cela revient à accepter que règne sans retenue la loi du plus fort. Du plus brutal. Dans la foulée, Donald Trump a réitéré son souhait d’annexer le Groenland. Désormais, aucune personne de bonne foi ne peut prétendre qu’il s’agit d’une simple provocation qui restera sans suite. Autrement dit, il faut envisager le fait que les Etats-Unis envahissent un territoire sous gouvernance d’une nation européenne. Pendant ce temps, les démocraties concernées condamnent à mots feutrés les exactions étasuniennes, quand elles ne saluent pas le renversement de pouvoir vénézuélien, sans mention des moyens engagés pour y parvenir.
Alors oui, depuis, j’éprouve une peur qui me creuse le ventre, celle de connaître un jour la guerre. Et avec moi, mes enfants. Surtout mes enfants. Sans penser au pire (parce que je ne suis pas encore capable de le concevoir?), songer au rétrécissement des possibles qui s’opère en temps de guerre, en particulier pour les jeunes, me broie. Mes enfants ont beau n’avoir que 9 et 11 ans, ils n’en ont pas moins des rêves, des aspirations, des passions. Avec la guerre, l’horizon se réduit à un rien. En plus des deuils, des souffrances, c’est toute perspective de vie qui s’écroule. Or, je ne veux pas seulement que mes enfants restent en vie, je veux que celle-ci soit ample.
Malgré tout, une fois exprimée, la peur peut être utile, car elle pousse à se préparer à ce qu’on redoute. Pas dans le sens où elle nous rendrait prêt·es à nous jeter dans la mêlée animé·es par une ferveur patriotique, comme certains gouvernements européens nous y prédisposent. Au contraire, en nous amenant à percevoir par anticipation les conséquences intimes de la guerre, dans quel état émotionnel celle-ci nous met, la peur nous enjoint de la refuser de toutes nos forces.
Aujourd’hui, nous ne sommes pas en guerre. Il est donc encore possible de l’éviter, et d’appeler nos dirigeantes et dirigeants à tout faire pour que la vie de nos enfants, petits-enfants, neveux, nièces puisse se déployer. Tout simplement. Cela passe en premier lieu par une condamnation sans équivoque des agressions et menaces américaines, et de tous les crimes commis actuellement en Ukraine, à Gaza, et dans bien d’autres endroits du globe, sans craindre de froisser leurs auteurs ou alliés qui, dans leur vision brutale du monde, ne voient dans ces précautions qu’un blanc-seing pour poursuivre leur entreprise sanguinaire.