Mesdames, Messieurs les lectrices et lecteurs du Courrier,
J’ai l’honneur d’inaugurer cette série mensuelle de douze textes écrits par des étudiantes et étudiants francophones de l’Institut littéraire suisse. Douze créations sur le thème de la fête, vous conviendrez qu’il est cocasse d’entamer cette série quelques jours seulement après les deux meilleures bamboches de l’année. Mais réalité journalistique pragmatique oblige, il fallait bien que quelqu’un s’y colle et débute quelque part, surtout quand ce quelqu’un n’est pas venu au rendez-vous d’information pour ce projet.
Même si madame Nadine de Rothschild, la baronne des bonnes manières, reconnait que l’on peut souhaiter la bonne année jusqu’au 31 janvier, je ne trouve pas l’envie de vous le dire. Les voeux ne rallument plus le gout de la fête qui est bien derrière avec ce relent de trop-plein de gras et d’alcool. Ce serait comme crier des condoléances à un mariage, sourire joyeusement lors d’un enterrement. C’est indécent. De toute manière, j’acquiers gentiment une tendance à ne pas respecter les conseils de Nadine. Elle préconisait aussi de ne pas venir ivre pour le Nouvel An. Veuillez m’excuser, madame la baronne.
Ce 16 janvier, je trimballe encore un sentiment de lendemain de fête. De pieds qui collent au sol, de bouche pâteuse et de tête dans un étau. Les langues de belle-mère ne sont plus de joyeux serpentins bruyants sortant des bombes de table, mais recommencent à dire du mal de vous. Les cotillons, poisseux, en conglomérat dans votre poubelle, brûlent au milieu d’une usine d’incinération.
Non, il n’y a rien à fêter en janvier. Et ne me dites pas l’arrivée des rois. Qui s’amuse vraiment à cette fête? À part, le dernier petit cousin qui a étrangement la fève chaque année et qui m’a offert une scoliose en m’utilisant toute l’après-midi comme un canasson. Vous l’aurez compris, je suis d’humeur morose. Toute personne sensée ne devrait-elle pas l’être?
Pourtant, il subsiste encore quelques irréductibles qui continuent de voir la vie en pub scintillante père Noël coca-cola. Ils ont vicieusement intégré toutes les classes sociales. Vous avez forcément auprès de vous une connaissance qui se voile la face, qui s’adonne au dry January ou qui claironne «New year, new me».
Surtout, ne vous laissez pas berner. Ces personnes sont masquées. Il suffit de gratter un peu pour découvrir le clown triste qui se cache sous leur bonheur factice, refusant d’abandonner cette doucereuse ambiance en toc de fin d’année. Saisonnier et saisonnière de la dépression. Prenez-le sur le côté, faites l’effort de lui dire la vérité. Enlevez-lui le sparadrap rapidement. Janvier n’est pas le mois de la nouvelle année, mais de celui du deuil de la précédente. Et devenez l’épaule sur lequel les larmes peuvent couler librement.
Janvier, mois grisâtre, janvier, retour au travail et à la réalité de votre patron, janvier, rappel que l’on va bientôt rajouter un printemps à notre compte, mais janvier uni·es dans la déprime, toutes et tous ensemble se serrant les coudes, Noël 2026 en phare au loin dans le brouillard.
Si ces quelques lignes vous ont attristé ou fait perdre le peu de moral qui vous restait, sachez que la journée internationale du câlin se fêtera dans cinq jours, le 21 janvier. De quoi reprendre du poil de la bête dans les bras d’un inconnu levant une vieille pancarte Free Hug écrit vite fait au marqueur noir. Le rêve!
Allez, tout bien considéré, et pour ce que cela vaut après cette réflexion, bonne année à vous toutes et tous, même à la baronne de Rothschild. Joyeuse éphéméride aux Marcel et Marcelle, aux Marcellino, Marcelo, Marcelline. Et une demi-joyeuse pour Jean-Marcel et Paul-Marcel. Et fasse le ciel que nos résolutions tiennent un peu plus longtemps que celles de l’année passée.
L’Institut littéraire suisse fête ses 20 ans (1/12)
A l’occasion de ses 20 ans, l’Institut littéraire suisse de Bienne (ILS) collabore avec Le Courrier qui publiera une fois par mois, de janvier à décembre 2026, un texte de ses étudiant·es de deuxième et troisième année autour du thème de «La fête».
L’ILS fait partie de la Haute école des arts de Berne et offre un Bachelor en écriture littéraire.
