Skip to content

Le Courrier L'essentiel, autrement

Je m'abonne

Contre la criminalisation du slogan «Globalise the intifada»

Condamnant l’usage politique d’événements tragiques tels que l’attentat antisémite de Sydney pour délégitimer le mouvement de soutien à la cause palestinienne, Joseph Daher met l’accent sur la nécessité d’une stratégie de solidarité internationale pour forcer une rupture diplomatique et économique complète avec l’Etat israélien.
Palestine

A la suite de l’attentat antisémite de la plage de Bondi, à Sydney, qui a fait quinze morts et plusieurs dizaines de blessés lors de la fête juive de Hanouka le 14 décembre dernier, le mouvement international de solidarité avec la Palestine a subi de nouvelles attaques. Dans les jours qui ont suivi, de nombreux responsables israélien·nes et leurs soutiens occidentaux ont accusé les individus et mouvements luttant en faveur du droit à l’autodétermination du peuple palestinien d’être partiellement responsables de cette tuerie, malgré les dénonciations et condamnations multiples de l’attentat par ces derniers.

Pour appuyer leurs accusations, les soutiens de l’Etat colonial d’Israël ont particulièrement visé le slogan «Globalise the intifada» [mondialiser l’Intifada], le qualifiant d’«appel haineux et violent» visant les populations juives de manière indiscriminée. Selon cette logique, l’attentat de Sydney représenterait sa mise en pratique, car le slogan renverrait à la seconde Intifada, réduite à une «série d’attentats terroristes, principalement contre des civils israéliens».1>Voir par exemple La Matinale de la RTS du 12.12.2025, https://tinyurl.com/cmbnev6w

En réalité, le terme intifada signifie «soulèvement» en arabe. Il a été popularisé au niveau international en 1988 lors du soulèvement populaire de masse des Palestinien·nes des territoires occupés (depuis 1967) contre les forces d’occupation israéliennes. Cependant, les détracteurs de la cause palestinienne renvoient de manière arbitraire le terme à la seconde Intifada (2000-2005) plutôt qu’à la première (1987-1993). La seconde Intifada a certes été plus militarisée que la précédente, mais elle ne peut être réduite à une «série d’attentats terroristes»: elle résulte surtout des frustrations populaires des Palestinien·nes des territoires occupés face à l’accélération de la colonisation et de la répression qui a suivi les accords d’Oslo de 1993. De plus, c’est oublier un peu vite que la seconde Intifada a produit trois à quatre fois plus de victimes du côté palestinien que de victimes israéliennes – dont un tiers était des militaires de l’armée d’occupation.

L’instrumentalisation de l’attentat de Sydney orchestrée par les officiels israéliens et leurs soutiens dans le but de renforcer les mesures de criminalisations contre le mouvement de solidarité avec la Palestine nécessite d’être combattue. Il en va de même des tentatives continues d’amalgames entre critique de l’Etat d’Israël et antisémitisme. Les organisations propalestiniennes n’ont d’ailleurs de cesse de dénoncer toutes les formes de racisme, y compris l’antisémitisme. En prétendant agir «au nom de tous les juifs du monde», l’Etat d’Israël, de par cette rhétorique politique, favorise au contraire la confusion et alimente les dynamiques liées aux actes antisémites.

Il ne s’agit donc pas seulement de défendre le slogan «Globalise the intifada» contre les velléités d’interdiction dont il fait l’objet, mais de le revendiquer comme stratégie internationale pour le mouvement pro-palestinien. Une solidarité internationale est capitale dans la mesure où les Palestinien·nes sont confrontés non seulement à l’Etat colonial d’Israël mais aussi à ses soutiens impérialistes. Cela a été le cas historiquement, depuis la création du mouvement sioniste, en passant par la fondation de l’Etat d’Israël en 1948, jusqu’au génocide des Palestinien·nes depuis le 7 octobre 2023. Entre octobre 2023 et 2025, Tel Aviv a par exemple reçu au moins 21,7 milliards de dollars d’aide militaire directe de Washington, auxquels il faut ajouter des dizaines de milliards de contrats d’armement qui devront être payés et livrés dans les années à venir. En outre, les Etats-Unis ont dépensé entre 9,6 et 12,1 milliards de dollars en opérations militaires au Yémen et dans le reste du Moyen-Orient, y compris en Iran, depuis le 7-Octobre, principalement en soutien à Israël. Quoique plus modestement, de nombreux pays européens ne sont pas en reste dans leur soutien aux autorités israéliennes, tant aux niveaux politique, économique que militaire.

Dans ce cadre, la tâche principale du mouvement de solidarité avec la Palestine, en particulier dans les Etats occidentaux, est de dénoncer le rôle complice des classes dirigeantes qui soutiennent non seulement l’Etat colonial et d’apartheid d’Israël et sa guerre génocidaire contre les Palestinien·nes, mais aussi ses occupations et ses attaques contre d’autres pays de la région, tels que le Liban et la Syrie. Cela passe par la construction d’un fort mouvement populaire de masse en solidarité avec la libération de la Palestine et le soutien à la campagne «Boycott, désinvestissement, sanctions» (BDS) contre Israël. Ce mouvement doit faire pression sur ces classes dirigeantes pour qu’elles rompent toute relation politique, économique et militaire avec Tel Aviv.

Il n’y pas d’alternative. Mondialisons l’Intifada!

Notes[+]

Joseph Daher est universitaire, spécialiste du Moyen-Orient.