Les objectifs de la capture de Nicolas Maduro et du changement de régime à Caracas sont désormais assez clairement dévoilés. Lors de sa conférence de presse du 3 janvier à Mar-a-Lago, Donald Trump a maintenu vaille que vaille l’accusation de narcotrafic envers le chef d’Etat vénézuélien, mais a également expliqué qu’il comptait reprendre «ce qui avait été volé» aux USA lors de «l’expropriation tyrannique» de leurs compagnies pétrolières, auxquelles il allait demander «d’intervenir, d’investir des milliards de dollars […] et de commencer à générer des revenus pour le pays», restaurant son secteur pétrolier «en échec total» (The New York Times, 3 janvier 2026).
Chevron a immédiatement déclaré être «prête à travailler de manière constructive avec le gouvernement américain […] en tirant parti de [son] expérience et de [sa] présence pour renforcer la sécurité énergétique des Etats-Unis» (Newsweek, 3 janvier 2026). Avant de corriger en affirmant prioriser la sécurité de son personnel sans référence aux USA.
La major opère au Venezuela depuis les années 1920. Bénéficiant de connections au sein de l’appareil d’Etat, elle a su louvoyer entre les nationalisations de 1976 puis 2007 et se rendre indispensable pour exploiter, avec la compagnie publique Petróleos de Venezuela (PDVSA), les immenses réserves de la ceinture de l’Orinoco. Ses activités représentent un quart de la production pétrolière du pays (The New York Times, 17 octobre 2025). ExxonMobil a pour sa part quitté le pays en 2007. Elle a développé un gigantesque projet d’extraction dans les eaux du Guyana voisin, et n’a eu de cesse d’attiser les tensions entre les deux pays.
Chevron a obtenu de Washington en juillet une prolongation de la licence lui permettant d’exploiter et de vendre l’or noir vénézuélien. Cherchant à resserrer ses liens avec la présidence et la majorité parlementaire, elle emploie depuis décembre les influents lobbyistes de Ballard Partners, fondée par l’un des grands donateurs des campagnes trumpistes.
Il est fort probable que les opérations de renseignement déployées dans le pays des mois avant l’attaque se soient appuyées sur les réseaux de la major. Autre probabilité, celle que Chevron et Exxon alimentent désormais fortement l’opposition vénézuélienne exultant depuis Miami et dont l’égérie annonce vouloir faire du pays «le hub énergétique de l’Amérique latine» (FoxNews, 5 janvier 2026).
Plusieurs étapes clés de l’ascension de Chevron mais aussi l’approfondissement de la crise vénézuélienne impliquent des banques suisses. A la suite de sa fusion avec Texaco en 2000, Chevron est devenue la quatrième plus grande firme pétrolière privée. Cette fusion a été arrangée par les équipes de Credit Suisse, JP Morgan et Lehman Brothers. La banque zurichoise a également épaulé Chevron lorsque la même année elle a acquis Noble Energy pour 5 milliards. UBS est aujourd’hui un partenaire financier zélé d’ExxonMobil et de Chevron.
L’effondrement de l’économie vénézuélienne, fortement dépendante de la rente pétrolière, a entraîné de graves pénuries et l’exode de millions de personnes. Elle est passée par le gigantesque scandale PDVSA et celui, moins connu, du marché des obligations toxiques «permuta». Différentes institutions financières paraissent avoir contribué à tout ou partie de ces saignées, totalisant des milliards de dollars de pertes. C’est le cas de CBH, Banca Zarattini, Julius Baer, UBS, Credinvest et Credit Suisse, accusées d’avoir transféré l’argent sale en Europe et en Floride.
Les enquêtes de la justice américaine et vénézuélienne, cinq procédures d’enforcement de la FINMA [l’autorité suisse de surveillance des marchés financiers] et les fuites des «Suisse Secrets» ont levé le voile sur l’ampleur des détournements. Selon l’OCCRP [consortium de médias d’investigation], «les élites vénézuéliennes accusées d’avoir pillé la compagnie pétrolière nationale» ont «transféré des centaines de millions de dollars sur des comptes de Credit Suisse. […] La banque a maintenu les comptes de ses clients vénézuéliens ouverts, alors même que les médias internationaux révélaient les affaires de corruption impliquant nombre d’entre eux.» La chute de Credit Suisse n’efface en rien l’ardoise. La responsabilité de la finance suisse dans le drame que vit le peuple vénézuélien est éminente.