A part quelques nouvelles de la messe à l’église catholique de la Sainte Famille à Gaza, c’est guichets fermés, tous les billets raflés par l’armée israélienne qui continue à menacer autour de sa ligne jaune indiquant des limites peu claires permettant de tuer, par exemple deux enfants à la recherche du bois de feu. Des drones et des hélicoptères tirent de manière quotidienne: plus de 400 personnes tuées, plus de mille blessés, depuis un soi-disant cessez-le-feu signé il y a deux mois. Le jour de Noël, parmi d’autres tirs, il y a eu un mort. La bande de Gaza agonise lentement sans faire les grands titres des médias, à nouveau et toujours ignorée par les grands du monde.
Pourtant, il y avait de l’espoir lors du cessez-le-feu annoncé le 10 octobre, avant les promesses brisées. On attendait 600 camions d’aide par jour, dont 50 de combustible, pour redonner un fonctionnement minimal aux services pour les Gazaouis qui, depuis deux ans, ont enduré atrocités sur atrocités, en survivant à des pertes et des douleurs inimaginables. Un article du Middle East Eye du jour de Noël nous informe que seulement 10% de l’aide garantie est finalement entrée dans la bande de Gaza. Tout porte à croire à une misère délibérément fomentée. Selon le bureau des médias à Gaza, «les hôpitaux, les boulangeries et les systèmes d’eau et des égouts étaient pratiquement paralysés» à la fin du mois de décembre.
Alors, sur place, on fait comment? Des artistes et professeurs essayent de donner de l’espoir là où ils le peuvent, surtout avec de petits projets pour des enfants, dont 39 000 mille ont perdu un père, une mère ou les deux. On dessine, on donne des cours pour des enfants déscolarisés depuis plus de deux ans alors qu’en Palestine l’éducation est considérée comme ayant la plus haute valeur. Pour ceux moins fortunés, vivant dans des tentes et des ruines prêtes à s’écrouler, on cultive l’art de vivre de jour en jour en espérant que la soupe populaire restera ouverte, dans la hantise de la prochaine pluie hivernale dévastatrice. N’oubliez pas qu’il s’agit d’un espace de vie à peine plus grande que le canton de Genève!
Les gens de Gaza n’ont pas le luxe de prendre le temps de réfléchir. Ils agissent, comme par exemple des médecins qui ont récemment inventé des fixations pour sauver des jambes d’amputation. Ou alors, tout en subissant sans baisser la tête, ils envoient des vœux de Noël joyeux aux amis à l’extérieur. La foi des Palestiniens dans leurs droits, les droits de tout être sur cette planète, n’est pas ébranlée. Ils croient dans toutes les avancés du le droit international depuis des décennies en dépit de sa fragilité.
Les grands du monde ont le temps, eux, de réfléchir. Ignorer la situation à Gaza et en Cisjordanie met la vie d’innocents en danger partout, comme on l’a vu récemment en Australie. Durant cette période où on fait des vœux pieux de paix, il devient impératif de dépasser la peur et la prudence dictée par une fausse paix dans le monde pour envoyer un message clair au gouvernement israélien: la vulnérabilité du pays d’Israël ne sera jamais comblée par les armes. Aux pays plus éloignés de la peur des armes, en particulier la Suisse, qui a une longue expérience en diplomatie, de faire les pas nécessaires!
Carol Scheller-Doyle,
Chêne-Bougeries (GE)