Les journalistes, en mettant à disposition de la population des comptes-rendus de faits et d’événements ainsi qu’une variété d’opinions portées sur ceux-ci, rendent possible le débat démocratique et la formation de l’opinion. C’est le rôle idéal de la presse dans la théorie démocratique. Cependant, aujourd’hui, près de la moitié de la population suisse n’est plus exposée à de l’information journalistique. La part des personnes chroniquement sous informées («indigents médiatiques») qui ne consomment que très peu de nouvelles (46%), et presque exclusivement via les médias sociaux, ne cesse d’augmenter. Elle a plus que doublé depuis 2009. C’est ce que nous apprend le rapport 2025 sur la qualité des médias1>M. Eisenegger et al., Yearbook 2025 «The Quality of the Media Main findings», oct. 2025, fög, UZH. du Centre de recherche Public et société (fög) de l’université de Zurich. C’est un problème fondamental pour notre démocratie.
Les auteurs de l’étude rappellent que la consommation régulière et active de contenus journalistiques via différents canaux s’avère cruciale pour l’acquisition de connaissances portant sur la vie politique et les sujets d’intérêt général. Par ailleurs, les personnes privées de nouvelles d’actualité «font moins confiance à la politique et aux médias, participent moins fréquemment au processus démocratique et se sentent moins liées à la communauté». Si on ajoute à ce groupe les personnes qui se caractérisent par leur usage essentiellement tourné vers les nouvelles internationales («surfeur mondial») – environ une sur cinq – ensemble ces deux profils de consommation d’informations très éloignés de l’actualité nationale, régionale et locale réunissent aujourd’hui les deux tiers de la population suisse. Bien davantage encore chez les jeunes.
Mais tout espoir n’est pas perdu. Les personnes qui ont bénéficié d’un enseignement portant sur le traitement de l’information ont une appétence accrue pour l’actualité et sont davantage prêtes à payer pour des informations en ligne. C’est ce que révèle le Reuters Institut Digital News Report 2025 portant sur la Suisse2>L. Udris et al., «Reuters Institute Digital News Report 2025 Länderbericht Schweiz», fög, UZH qui, pour la première fois, a enquêté sur l’acquisition de compétences médiatiques telles que la compréhension critique des médias, l’analyse des sources, les compétences informationnelles. En Suisse, un quart des personnes interrogées ont déclaré avoir suivi de telles formations visant à développer la littérature informationnelle – 20% en Suisse romande et 27% en Suisse alémanique.
Logiquement, les jeunes âgé·es de 18 à 24 ans ont été plus nombreux·ses (37% en Romandie) que les personnes plus âgées à en bénéficier. Mais on est loin des 100% que l’on pourrait espérer. On constate aussi un fort différentiel selon le niveau d’éducation (moyen ou bas: 15% au plus) ainsi qu’entre les hommes et les femmes. Malgré des efforts notables – notamment la Semaine des médias à l’école, organisée chaque année en Suisse romande depuis 2004 par la Conférence intercantonale de l’instruction publique avec le soutien des médias, dans le cadre du volet Médias du Plan d’études romand – énormément reste à faire.
La disposition à payer l’information journalistique est essentielle à la survie des médias d’information. L’année dernière, en Suisse romande, seules 25% des personnes interrogées ont déclaré avoir payé pour des informations en ligne (21% en Suisse alémanique). Mais là encore, bonne nouvelle, l’enquête de Reuters révèle qu’en Romandie, parmi les jeunes de moins de 35 ans qui ont déclaré avoir suivi une formation portant sur le traitement de l’information, plus de la moitié (61%) a payé pour accéder à des informations en ligne au cours de l’année écoulée, contre 15% pour le groupe des jeunes qui n’en a pas bénéficié.
L’étude de Reuters met en évidence les bénéfices que les enseignements portant sur l’acquisition de compétences médiatiques peuvent apporter à la presse. Alors soutenons et développons les initiatives qui visent le développement de la culture médiatique et la littérateur informationnelle de toute la population! Face à la désinformation et aux activités d’influence qui visent à manipuler la perception et l’opinion de la population via les médias sociaux, le développement de ces compétences informationnelles est évidemment aussi crucial pour notre société. Elles le seront plus encore lorsque le nouveau paradigme informationnel qui résulte de l’avènement des médias synthétiques (IA) se sera pleinement déployé.
Notes