Une petite foule joyeuse et chaleureuse s’est pressée samedi soir 22 mars à La Parfumerie pour fêter, en musique, le jubilaire de la Librairie du Boulevard. La Tribune de Genève et Le Courrier du même jour avaient tous deux consacré des articles à cet événement.
Magnifique aventure, en effet, que celle de la Librairie du Boulevard, fondée en février 1975, par Luce et Jacques Valet et Graziella Berta, bientôt rejoints par le regretté Vincent Girardin. Je me souviens bien des débuts du Kiosque du Boulevard – première appellation –, pour avoir fait partie des tout premiers coopérateurs et même y avoir un peu travaillé. Je me souviens de cette merveilleuse vieille dame jurassienne, Madame Minguet, qui déjà vendait des revues «alternatives» et des cigares, pratique qui persista quelque temps après la reprise de son Tabac du Boulevard par la coopérative. Ainsi, dans l’étroit kiosque du boulevard Georges-Favon, se croisaient les «gauchistes», les «anars» de tout poil (on portait le cheveu long!) et les banquiers (en costumes trois pièces) du proche quartier des banques, venant acheter leurs havanes conservés dans une petite armoire avec humidificateur.
Aujourd’hui, le Boulevard est un fleuron des librairies genevoises et on lui souhaite encore une longue vie. A l’instar des éditions Zoé, qui célèbrent aussi leur demi-siècle, c’est un très bel exemple de réussite d’une aventure soixante-huitarde, commencée très modestement dans un kiosque (ou un garage pour Zoé). Et l’on se réjouit que tant la maison d’édition que la librairie soient devenues des institutions dans le paysage culturel romand. Qui plus est, la Librairie du Boulevard a su préserver son fonctionnement en autogestion, ce qui est loin d’être anecdotique.
Dans ces temps difficiles, qui hélas en rappellent d’autres, et où certains font régner la censure des mots et des idées, les livres, comme les valeurs défendues par la Librairie du Boulevard, sont plus que jamais précieux et nécessaires.
Eric Monnier, Genève.