Genève

Une grève pour obtenir la reconnaissance

Les assistant·es en soins et santé communautaire ont arrêté le travail mercredi pour exiger une revalorisation salariale et davantage de considération eu égard à leurs responsabilités.
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Les grévistes exigent une revalorisation d’au moins deux classes salariales. Ils et elles ont mandaté le SSP à cette fin pour négocier avec le Conseil d’Etat. JEAN-PATRICK DI SILVESTRO
Lutte sociale

Le sommet des falaises de Champel est encore caché par la brume matinale qui peine à se déchirer pour faire place au soleil. Le temps est froid et humide, mais les conditions météorologiques n’ont pas eu raison des convictions des assistant·es en soins et santé communautaire (ASSC).

Mercredi, elles et ils ont fait grève pour exiger que leurs nouvelles compétences et responsabilités, qui découlent d’une décision fédérale de 2017, soient reconnues sur le plan salarial. Le mouvement social se voulait mobile, visitant plusieurs institutions telles que l’EMS Val Fleuri, l’Imad ou les HUG.

A 8h30, sur le parking du centre sportif du Bout-du-Monde, en face de l’EMS de Val Fleuri, une dizaine de personnes sont réunies sous une pergola pour partager croissants et café. Elles sont peu à peu rejointes par d’autres, essentiellement des femmes, pour arriver à une vingtaine de participant·es, en provenance de nombreuses institutions. «Nous sommes tenues au service minimum, il est donc difficile de mobiliser, souligne Cristina Vais, déléguée syndicale.

Davantage de responsabilités

Qu’à cela ne tienne, le piquet s’organise. Les drapeaux syndicaux sont déployés, les grévistes échangent en tentant de se réchauffer les pieds. «Nous avons le sentiment de ne pas être considérées, d’être les bouche-trous, les petites mains», témoigne Maria.

A ses côtés, Gabriela acquiesce: «Nous ne sommes pas des machines. Nous voulons être écoutées, ajoute-t-elle. Nos employeurs ne se rendent pas compte du nombre de choses à gérer, de la lourdeur des situations auxquelles nous faisons face.»

Un peu plus loin, Paola, qui fait ce métier depuis de longues années se dit, elle, inquiète du vieillissement de la population qui «rend les soins de plus en plus complexes». Elle craint une «péjoration des conditions de travail à l’avenir».

«Le problème principal, c’est la valorisation de notre travail, la formation, notamment continue, et la considération», conclut Maria. Le nœud des revendications tient effectivement aux salaires. Les ASSC sont en classe 10, soit avec un salaire en début de carrière d’un peu plus de 5000 francs. «Mais depuis la création de notre fonction, malgré une évolution de nos compétences et des responsabilités, cela n’a pas évolué», indique Cristina Vais.

Bataille de la formation

Depuis 2017, en effet, une ordonnance fédérale permet notamment aux ASSC d’être actifs et actives dans les soins palliatifs, de mettre en œuvre des méthodes de désescalade lors de crises ou encore de poser des perfusions non médicamenteuses. Les professionnel·les ont alors voulu être formé·es et mettre à jour leur cahier des charges. «Certaines institutions ne voulaient pas former, mais nous ont tout de même octroyé davantage de responsabilités», relève Cristina Vais. Elle indique qu’il a fallu s’adresser au conseiller d’Etat Mauro Poggia, chargé de la Santé, pour qu’il recommande aux établissements la révision du cahier des charges.

Quant à la revalorisation salariale, «c’est lorsque les ASSC ont déposé un préavis de grève que le Conseil d’Etat a décidé de les faire passer en classe 11, sans consultation», affirme Quentin Stauffer, secrétaire syndical au SSP. Insuffisant selon les grévistes.

«Il faut payer»

Après l’EMS Val Fleuri, les grévistes ont organisé des piquets devant l’IMAD et les HUG, avant de former un cortège direction l’Hôtel-de-Ville. Malgré une pluie battante, un peu plus de 80 personnes ont rallié les canons afin d’exprimer leur colère et leurs revendications. «Vous nous avez exploitées, maintenant, il faut payer!» Et l’assemblée de scander «classe 13, classe 13» devant les fenêtres du Grand Conseil, vide mercredi.

Les grévistes ont finalement voté une résolution. Elles et ils exigent une revalorisation d’au moins deux classes salariales et mandatent le SSP pour négocier avec le Conseil d’Etat. Une assemblée générale validera ou non le résultat des discussions le 8 décembre. Quoi qu’il en soit, un préavis de grève pour le 15 décembre a d’ores et déjà été voté.

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