Skip to content

Le Courrier L'essentiel, autrement

Je m'abonne

Une alternative nécessaire

Libero Zuppiroli réagit à l’initiative parlementaire sur l’indépendance du numérique suisse.
Souveraineté

La Suisse devrait se doter d’une infrastructure numérique souveraine. Une initiative parlementaire allant dans ce sens a été déposée par le Parti libéral radical (Le Courrier du 16 février). Cette préoccupation n’est pas nouvelle au sein du PLR puisque, dès 2015, Fathi Derder, alors membre de la Commission science, éducation et culture du Conseil national, pensait déjà que le prochain Google pourrait bien être suisse1>Fathi Derder, Le prochain Google sera suisse, Editions Slatkine, Genève 2015.

Apparemment ses conseils ne furent pas suivis, puisque c’est bien du Google californien que les milieux académiques et scientifiques dépendent toujours davantage: YouTube et Zoom sont devenus les outils principaux de la communication numérique de nombreuses universités. Même l’intelligence artificielle se programme en Europe sur des plateformes mises gratuitement à disposition par Google ou Facebook. Ainsi, les compagnies multinationales pourront, dans quelques années, proposer de prestigieuses alternatives à notre service public, sous forme d’écoles et d’universités privées, en ligne et en présence, qui nous vendront au prix fort le meilleur de notre savoir dont nous leur concédons aujourd’hui l’usage.

Des alternatives existent déjà2>https://heig.ch/guide-ess aux services proposés par les géants du web et, même si aujourd’hui leurs performances sont loin d’égaler celles des systèmes californiens, il suffirait de les booster, en achetant des serveurs et en encourageant la recherche. Ce n’est pas la mer à boire, car la recherche suisse, dont la réputation n’est plus à faire, devrait faire mieux que les hackers autodidactes.

Est-ce bien là ce que propose le PLR? En fait, le cœur du problème réside dans les coûts astronomiques de la cybersécurité. Banques et assurances s’en sortent assez bien, car elles ont reporté tous les risques sur les usagers. Mais beaucoup d’entreprises peinent à maintenir leur système informatique en état de marche. Elles ont besoin de l’aide du contribuable qui va leur payer un «cloud» un peu plus sûr.

Pendant ce temps, l’école publique cherche à soigner «les troubles de l’attention du crétin digital»3>Yves Marri et Florent Souillot, La guerre de l’attention, L’échappée, 2022, pur produit de la collaboration public-privé autour de la promotion du tout numérique

Libero Zuppiroli, Bonvillars (VD)

Notes[+]