Genève

«L’homosexualité n’est pas un péché»

Jeudi, l’Eglise protestante de Genève a élargi la bénédiction du mariage aux unions de couples de même sexe. Blaise Menu, le pasteur des pasteurs, revient sur cette «décision audacieuse».
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Un happening en faveur du mariage pour tous à Berne pendant l'été 2018. Photo d'illustration. Keystone
mariage pour tous

Jeudi, les délégués du Consistoire, le parlement de l’Eglise protestante de Genève (EPG), ont décidé, à 33 voix contre une et trois abstentions, d’ouvrir la bénédiction du mariage civil aux unions de couples de même sexe. «Nous avons mis plus de temps que d’autres, mais nous nous sommes montrés plus audacieux», affirme Blaise Menu, modérateur de la Compagnie des pasteur.e.s et des diacres.

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Pourquoi l’Eglise genevoise a-t-elle mis si longtemps à trancher la question?

«L’homosexualité n’est pas un péché»
Blaise Menu, “le pasteur des pateurs”. DR

 

Blaise Menu: Contrairement à d’autres Eglises, le Consistoire avait clairement dit non en 1992 à ce qu’on appelait alors des «bénédictions d’amitié», puis botté en touche en 2006 alors que la législation fédérale évoluait pourtant en faveur d’un partenariat civil. Ensuite, nous n’avons pas voulu presser les choses afin de conduire la discussion sereinement, échaudés de l’expérience de certains voisins. Dans le canton de Vaud, ce débat a été très clivant, tandis que l’Eglise protestante unie de France s’est déclarée en faveur tout en laissant chaque lieu en décider, ce qui n’est pas satisfaisant. La Compagnie des pasteur.e.s et des diacres a donc, il y a cinq ans, remis l’ouvrage sur le métier, puis un rapport d’un groupe de travail du Consistoire a été déposé, sur la base d’un dossier documenté préparé par mon équipe. Ce travail très sérieux a contribué à la sérénité de la discussion et à cette évolution positive. Celle-ci est aussi due au chemin effectué par beaucoup de collègues, touchés par des parcours de vie. Enfin, l’expérience vécue grâce à la création d’une antenne LGBTI au temple de Plainpalais a joué un rôle important, menant à la reconnaissance de son responsable, Adrian Stiefel, comme ‘chargé de ministère’ il y a plus d’un an.

L’évolution des mentalités au sein de la société – on songe au mariage pour tous dont le Conseil national va débattre – a-t-elle favorisé la décision de l’Eglise genevoise?

Oui, il y a une évolution des mentalités. Et à l’invitation de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, nous anticipons une possible évolution vers un ‘mariage pour tous’. Le choix du Consistoire, inattendu, va plus loin que le texte initialement proposé. Il choisit de ne pas distinguer entre ‘bénédiction de mariage’ pour couples hétérosexuels et ‘cérémonies’ pour couples de même sexe comme chez les Vaudois. Surtout, nous avons posé la question d’une pastorale plus large, par exemple en nous demandant que faire face à des demandes de baptêmes émanant de familles homoparentales. Va-t-on demander à l’un des parents de rester assis discrètement? L’EPG indique clairement que non.

Bref, l’Eglise genevoise tient compte de la diversité des familles.

Notre pratique pastorale colle davantage à la réalité des situations que nous rencontrons et accueillons. Nous devons dire l’Evangile dans ces réalités, avec une parole qui accueille plutôt qu’elle condamne, en portant la même attention à chacun. Il a fallu environ 25 ans pour considérer les situations de vie comme étant celles de personnes qui sont d’abord et avant tout des frères et des sœurs dans la foi, et ne sont pas plus pécheurs que nous au prétexte de leur orientation sexuelle ou affective.

Et qu’en dit l’Eglise protestante genevoise?

Qu’en soi, l’homosexualité n’est pas un péché, même si, comme dans toute relation amoureuse, il peut y avoir un glissement, des ratés. Le travail de fond que nous avons mené nous a permis de sortir de certaines habitudes de lecture de la Bible en y reconnaissant ce qu’il y a pour l’époque d’impensable.

C’est-à-dire?

Ce qui est dénoncé dans les quelques textes virulents contre l’homosexualité, ce n’est pas la possibilité d’une relation librement consentie, impensable à l’époque, mais la domination, l’instrumentalisation de l’autre par le biais de la contrainte sexuelle. Et de l’Ancien Testament, on retient en général ce qui a trait à la sexualité, à l’exclusion d’autres pratiques considérées bibliquement comme aussi ‘abominables’, comme manger des crustacés… Il faut enfin reconnaître combien les discours sur l’homosexualité ont pu et peuvent encore être meurtriers. Cela suffit.

Liberté de conscience respectée

Concernant les bénédictions d’unions homosexuelles, la liberté de conscience est tout de même laissée aux pasteurs.

Blaise Menu: C’est une façon élégante de permettre à des collègues, réticents sur un plan personnel, d’adhérer tout de même à la décision et de faire corps.

Et pourquoi préciser que cette bénédiction «n’engage pas de la même manière la filiation»?

Pour dire qu’un homme et un homme ou une femme et une femme ne peuvent pas en soi concevoir un enfant, qui reste le fruit d’une sereine naturalité des choses, à moins d’user d’un artifice et d’avoir besoin d’un tiers. Rien de clivant dans le propos, juste la tranquille évidence des choses de la vie…

Le Consistoire est-il représentatif des paroissiens?

Peut-être davantage qu’on ne le pense, mais le oui m’a surpris par son ampleur, la preuve que nous avons bien travaillé, une sérénité que nous comptons maintenir même si la décision a pu décevoir ou choquer certains. Elle en a aussi réjoui beaucoup. RA

 

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