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Jeûne kurde pour rouvrir le dialogue de paix

Depuis que la députée kurde Leyla Güven a entamé une grève de la faim illimitée, les jeûnes se multiplient pour réclamer la reprise de pourparlers de paix.
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Jeûne kurde pour rouvrir le dialogue de paix
Baytar Ramazan, porte-parole de la Société démocratique kurde de Genève, et Avci Berivan, étudiante et militante HDP réfugiée en Suisse depuis deux ans. BPZ
Turquie

«Nous devons agir avant que le point de non retour ne soit franchi.» Inquiets pour la santé de Leyla Güven, les militants de la Société démocratique kurde (KCDK) de Genève alertent les médias et la population. Depuis que la députée kurde de Turquie a entamé une très rigoureuse grève de la faim illimitée, les jeûnes se multiplient pour réclamer la reprise de pourparlers de paix. «Les tensions entre communautés sont à leur comble, la situation est explosive», rapportent Avci Berivan et Baytar Ramazan.

Incarcérée à Diyarbakir, Mme Güven (54 ans) a cessé de se nourrir d’autre chose que d’eau sucrée le 7 novembre dernier. Deux mois plus tard, la détenue a perdu 15 kilos et n’est plus capable de se déplacer de façon autonome. Elle voit son rythme cardiaque et sa pression artérielle extrêmement ralentis. Son parti, le HDP (gauche fédéraliste) affirme qu’elle ne parvient plus à boire et dit craindre pour sa vie.

Arrêtée il y a un an pour avoir dénoncé l’intervention armée turque à Efrin, en territoire kurdo-syrien, la détenue – dont le procès s’ouvrira le 25 janvier – ne revendique pas une faveur personnelle mais la fin du régime d’isolement imposé depuis 2016 au leader kurde emprisonné Abdullah Oçalan. Par ce geste, interprète Baytar Ramazan, elle signifie «l’urgence de reprendre le processus de paix et de démocratisation de la Turquie», naguère conduit sous l’égide du patron emblématique du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). «Nos sorts individuels sont liés à une solution politique», insiste le porte-parole de la Société démocratique kurde de Genève.

Plus de 200 grévistes

Début janvier, une centaine de militants kurdes emprisonnés avaient rejoint le mouvement de grève avec cette même volonté de reprise du dialogue entre Ankara et M. Oçalan. Vendredi 11 janvier, le HDP annonçait même le chiffre de 226 grévistes. Auxquels il faut ajouter quinze activistes en jeûne illimité à Strasbourg, dont Yüksel Koç, vice-président de la KCDK (faîtière des organisations kurdes en Europe), un seizième au Pays de Galles et des jeûnes tournants au Kurdistan irakien.

Pour M. Ramazan, cette intense mobilisation témoigne d’une dégradation sans précédent de la situation turque «et dans tout le Moyen Orient, qui est placé dans un état de guerre permanente». «En Turquie, l’opposition n’existe pratiquement plus, presque tous les dirigeants du HDP ont été arrêtés et les mouvements de la société civile fermés.»

Etudiante et militante HDP réfugiée en Suisse depuis deux ans, Avci Berivan confirme: «Face à la répression et à l’état d’urgence, les gens se sont repliés chez eux. Ils ont peur de s’exprimer ou de s’engager.» La jeune Kurde pointe par exemple la mésaventure vécue par son oncle, incarcéré pendant huit mois pour un simple partage d’information sur Facebook.

Effet secondaire: la vindicte des autorités contre le mouvement kurde «a exacerbé le chauvinisme», témoigne Mme Berivan. «Aujourd’hui, on agresse des gens dans la rue juste parce qu’ils parlent kurde.» «Nous sommes arrivés à un point où nous n’avons plus rien à perdre sauf l’espoir de faire la paix», conclut Baytar Ramazan.

International Benito Perez Turquie

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