Édito

Nantis, les cheminots ?

Nantis, les cheminots ?
Des cheminots manifestent à Lyon le 3 avril dernier. KEYSTONE
France

En ces jours de grève «perlée» (qui a lieu deux jours sur cinq), on trouve deux façons de désigner les cheminots français. Privilégiés qui prennent la population en otage et refusent d’évoluer pour certains, travailleurs défendant des acquis sociaux et les services publics pour d’autres. La joute sémantique a son importance, notamment en Suisse où la «grève» relève du tabou et où on oublie volontiers les acquis sociaux dus à la grève générale de 1918. Et si, en France, des vacanciers se sont trouvés bloqués à quai en ce week-end pascal, c’est aussi parce que, grâce à la grève de 1936, les congés payés sont devenus obligatoires.

Derrière la bataille des mots se cache un travail idéologique, la stigmatisation sociale et politique des cheminots. Rappelons que 60% d’entre eux touchent moins que le salaire médian français et que leur régime de retraite prévoit 41,5 années de cotisation. Mais quelle victoire politique pour Emmanuel Macron de parvenir à faire plier cette branche – forte et organisée! Il a tout intérêt à maintenir l’attention sur le «statut» de cheminot, s’évitant le débat de fond sur la privatisation annoncée des lignes. Celle-ci risque pourtant de coûter plus cher que les «avantages» des travailleurs de la SNCF dont le chiffre d’affaires de 2017 se montait à 33 milliards d’euros pour 1,5 milliard de bénéfices.

Or les Français refusent d’affaiblir leurs services publics. Et sentent bien que si on attaque aujourd’hui les acquis des cheminots, d’autres travailleurs pourraient être touchés demain. «On est tous le cheminot de quelqu’un», avertit un des slogans. De quoi encourager la frémissante convergence des luttes? Eboueurs, étudiants, salariés d’Air France… Ce n’est pas encore Mai 68 mais les récentes mobilisations contre la Loi travail ont montré que les braises sont chaudes et que les Français sont prêts à lutter pour leurs droits.

Opinions International Édito Laura Drompt France Grève

Autour de l'article

Connexion