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Impossible de discuter sereinement

Nicolas Turtschi réagit à l’«Exergue» de Roderic Mounir du 14 mars concernant Bertrand Cantat.
Polémique

Il est vrai que Bertrand Cantat déchaîne les passions. Malheureusement, il est difficile d’en parler sans être catalogué soit contre l’art, soit pour une forme de violence faite aux femmes.

Et je trouve que cette impossibilité de discuter sereinement du cas de M. Cantat est un problème assez symptomatique de l’ère du temps.

De quel droit se permet-on d’exiger de lui qu’il ne fasse plus que d’enregistrer des disques écoutés dans un cercle privé? Pourquoi jugerait-on la décence de son comportement sur scène en fonction de la violence qu’il a infligée à ses compagnes? Parce qu’il est une figure connue? Cela revient-il à dire qu’une fois condamné pour un crime, la société est en droit d’attendre d’un individu un comportement différent, même sans lien avec le crime commis? Qu’il y a deux types de citoyens, ceux qui sont libres d’agir comme ils le veulent, et les anciens détenus, dotés d’une liberté d’agir restreinte?

On peut le souhaiter. Mais notre système judiciaire actuel ne le prévoit pas ainsi. Une personne libre est une personne libre. Et vouloir que les passions se déchaînent contre un chanteur au prisme de la «décence» définie par les victimes, ou que l’on différencie «apparition sur scène» et «disques écoutés dans le cercle privé» (par combien de personnes?

Et dans un bar? Peut-on danser dessus ou non? Etc.) Ceci pose de graves problèmes. C’est une forme d’appel au déchaînement des passions, à la vindicte populaire. Et au jugement à l’aune d’une norme comportementale arbitraire.

Il y a fort à parier que ce ne sont pas les mouvements de gauche qui bénéficieront à terme d’une définition d’un comportement exigible post-condamnation. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai comme dans l’idée que les manifestants et autres activistes seront les premiers à faire les frais d’une telle approche. Et je me fais une idée assez précise de ce que nos politiciens majoritaires définiront comme «décent» en matière de comportement.

Nicolas Turtschi, Lausanne

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