Édito

L’industrie alimentaire a (encore) failli

Maltraitance

Et un de plus. Vache folle, dioxine, grippe aviaire, graines germées à la bactérie E-coli, lait à la mélamine… Aujourd’hui, c’est le tour des œufs à l’insecticide. Les scandales alimentaires se suivent et les réactions se ressemblent. Un problème dans la chaîne de production industrielle surgit: stupeur, emballement médiatique, retrait des produits incriminés, promesses de mesures pour que «cela n’arrive plus», reprise de la production… jusqu’à la prochaine fois.

Quand le scandale touche des animaux, comme pour les œufs chargés au fipronil, la paix des consommateurs s’achète par l’abattage de toutes les bêtes devenues suspectes, victimes expiatoires de notre production intensive. Plutôt tuer que soigner; pas question de garder des animaux qui ne produisent plus. Déjà 300 000 poules ont été abattues aux Pays-Bas, et les éleveurs annoncent qu’«une à plusieurs millions» d’autres pourraient connaître le même sort. Ils remettent en cause les méthodes de la société spécialisée dans la désinfection d’élevages. Pas les raisons qui les ont poussés à arroser les poules de fipronil contre les puces, les poux, les tiques, les cafards et les acariens.

L’heure est à la dénonciation générale des élevages d’animaux de rente dans des conditions indignes. Mais les mauvaises habitudes reprendront. Et l’élevage suisse n’est pas en reste, comme le prouveraient d’horribles images, tout juste dévoilées par la Fondation MART, provenant d’une porcherie vaudoise.

On est ce qu’on mange, veut le dicton. Qu’attendre d’œufs ou de viande produits dans de telles conditions? Des consommateurs se tournent vers des filières jugées fiables, l’élevage en plein air, le bio, etc. Une bonne chose, mais les produits incriminés sont omniprésents dans l’alimentation transformée – pâtes, tourtes, lasagnes, plats surgelés, biscuits… Si vérifier la provenance des œufs frais est simple, nos placards regorgent de produits pour lesquels c’est impossible. Nous nous en remettons alors à une industrie qui n’a qu’une idée en tête: vendre beaucoup, avec la plus grande marge possible.

Le système de production de masse est défaillant, comme le dénonce depuis des années la lanceuse d’alerte Yasmine Motarjemi1Notre dossier Nestlé du 2 décembre 2016.. Mais l’abattage de plusieurs millions d’animaux et les risques sanitaires pour les consommateurs demeurent préférables aux yeux des industriels à une gestion plus raisonnable de nos ressources alimentaires. Vous reprendrez bien un biscuit?

Notes   [ + ]

1. Notre dossier Nestlé du 2 décembre 2016.
Opinions Édito Laura Drompt Maltraitance

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