On nous écrit

Super slogan!

Léon Meynet livre son analyse de la crise énergétique actuelle.
Récession

C’est fou, maintenant que tout va mal, que l’Europe est en souffrance énergétique, on veut nous faire passer la sobriété en eau, en gaz, en électricité comme un acte héroïque en faveur de la sauvegarde de la planète. Economisez solidairement les ressources, évitez le gaspillage, soyez frugaux sont les slogans à la une. Ils vont nous permettre de diminuer notre empreinte carbone et peut-être nous mettre en phase avec les directives du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

D’accord, ce sont les bons points de cette nouvelle crise que l’on se garde d’appeler décroissance. Et pourtant, c’est bien dans celle-ci que nous sommes entraînés. Mais de la citer est mal venu dans la communication politique, et par ricochet peu apprécié des milieux d’affaires ou l’inverse. Car, en fait, il faut toujours positiver la déroute des décisions gouvernementales, il faut appliquer une méthode Coué du bout du tunnel: faire plus et mieux avec moins. Super slogan néolibéral de tous nos acteurs et penseurs politiques. Sans surprise, par son ambiguïté, il trouve une résonance positive dans les milieux écolos et alternos.

C’est quand même un peu court comme effet de manche, car il ne peut pas, il ne doit pas masquer l’incurie qui nous y a amenés. Ce n’est pas une volonté délibérée de faire un geste contre le réchauffement climatique, mais une attitude communicante pour ne pas dire que ce sont les mesures drastiques de rétorsion économique prises contre la Russie et par effet boomerang la réponse du berger à la bergère de ce pays. Au nom de l’Europe et de l’Otan, nous nous sommes tiré non pas une balle, mais deux balles dans les deux pieds. Les USA eux, ils se pavanent. Tout baigne. Leur économie militaire est plus que jamais florissante avec l’appui logistique sans limite apporté à l’Ukraine, la valorisation de leur gaz de schiste a pris l’ascenseur – un pied de nez aux accords de Paris et surtout un crime de guerre contre la planète – et tôt ou tard nous en hériterons en raison d’une pénurie faite pour durer. Il faut encore souligner la toute-puissance qu’a prise son dollar qui a simultanément enfoncé l’euro et la livre sterling. Costauds les gars.

Par contre, pour nous, c’est une récession abyssale qui s’annonce avec son corollaire infiniment plus grave pour les petites gens et les laissés-pour-compte. Cette inflation galopante ne va plus permettre de vivre décemment à une certaine couche de la population qui sera la première à pratiquer vos consignes de sobriété au détriment de sa propre santé. Les convergences de l’histoire font que deux événements cruciaux se conjuguent, mais s’il vous plaît, n’ayez pas l’outrecuidance de nous faire croire que vos mesures sont édictées pour sauver la planète. En ­réalité, si elles sauvent quelqu’un, c’est le fonctionnement de la grande industrie pétrolière et de votre administration de classe qui la promeut.

Léon Meynet,
Chêne-Bougeries (GE)

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