Agora

La Poste, service public ou self-service?

La Poste a augmenté ses tarifs et revu ses prestations à la baisse avec pourtant «des bénéfices en or», selon Nicole Matthey K., de l’association Acidus. Et ce, «non sans douleur pour une partie de la population». Point de vue.
Suisse

En 2000, La Poste comptait 3400 officines en Suisse. En 2012, il n’en restait plus que 1752. Et les fermetures se poursuivront cette année encore. Il est prévu que d’ici 2024, il n’en reste que 800. 2500 bureaux ont donc été fermés en vingt ans! Cette stratégie de transformation du service, l’usager ou l’usagère y fait face sans réellement pouvoir agir.

On a vu certains offices être remplacés par des «filiales en partenariat», dans les épiceries de quartier par exemple – souvent fermées pendant le confinement sanitaire – et l’on a constaté combien cette solution était peu appréciée. Leurs prestations sont au rabais, par exemple si elles affranchissent les envois, elles ne vendent pas de timbres à l’unité, mais seulement par série de 10; les paiements ne se font que par carte bancaire ou postale; etc. Et dernièrement, surtout depuis cet été, on observe entre autres une augmentation du prix des timbres, une réduction de la levée des boîtes aux lettres publiques, une augmentation de 50% des tarifs de réexpédition du courrier, la fin de la gratuité des cases postales, etc. Le plus grave est qu’aucun retour en arrière n’est prévu.

Avec toutes les mesures prises, les bénéfices réalisés par La Poste sur les neuf premiers mois de l’année 2021 s’élevaient à 370 millions, soit 234 millions de plus par rapport à l’exercice 2020 et 107 millions par rapport à 2019. Une embellie qui serait due à «l’optimisation du réseau fiscal».

Actuellement, La Poste compte 55’380 collaborateurs, un nombre stabilisé voire en augmentation, essentiellement dans le domaine des colis. La Poste doit s’adapter au volume des paquets et, très attachée à son autonomie, affirme se trouver dans l’obligation de prendre des mesures permettant d’augmenter ses bénéfices pour investir dans le service futur.

Selon le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC), «l’Etat veille à ce que les prestations soient de qualité et partout disponibles à des prix raisonnables». Au vu des rares prestations que La Poste veut bien encore assumer, le peu qui reste fait honte au service public! Pour bénéficier de ce qu’il en reste, comme poster un colis par exemple, l’usager·ère doit d’abord dénicher un point PickPost prévu à cet effet, puis fournir un travail auparavant exécuté au guichet, sans que la taxe liée à l’action accomplie diminue pour autant. Il ou elle se voit contraint·e de coopérer avec un appareil, doit être à l’aise avec le numérique et être familiarisé·e avec l’anglais. A la campagne, il lui faut posséder une voiture. Sans téléphone portable, il ou elle est quasiment condamné·e. Les personnes âgées, vivant dans des endroits isolés, ou à mobilité réduite n’ont qu’à s’adapter à ces changements.

Mais si les responsables de La Poste font preuve d’un bel optimisme, il n’en va pas de même pour PostFinance, la banque de La Poste. Société anonyme de droit privé, PostFinance fait vivre le réseau postal pour un montant approchant les 300 millions annuels. Beaucoup moins rentable aujourd’hui, elle est en mauvaise position. C’est pourquoi le Conseil fédéral veut la privatiser.

Toutefois, on observe un rejet unanime de cette privatisation à gauche comme à droite. A droite, au motif qu’il n’y a ni place ni besoin d’une banque de plus. L’Union suisse des arts et métiers (USAM) estime que La Poste devrait se concentrer sur son mandat principal, le trafic des paiements. En outre, le conseil d’administration de PostFinance, bien trop rémunéré selon l’USAM, serait responsable des difficultés financières qui ont déclenché le projet de privatisation. La gauche est opposée à une privatisation car 3 millions de client·es devraient certainement subir une hausse massive des tarifs. Selon Syndicom, syndicat des médias et de la communication, les conséquences seraient catastrophiques non seulement pour les services publics, pour les marchés, mais aussi pour La Poste, les places de travail et l’ensemble de la population.

Il est regrettable que La Poste mette les usagers devant le fait accompli pour les fermetures d’office. En outre, les utilisatrices et les utilisateurs ne sont pas naïfs et se rendent bien compte que certaines transactions sont surtaxées pour qu’ensuite La Poste puisse déclarer qu’elles sont peu utilisées et justifier leur suppression. Enfin, une adaptation des tarifs serait acceptable s’il n’y avait pas de diminution des prestations. Pour la Fédération romande des consommateurs (FRC) comme pour de nombreux usagers, l’installation de points comme PickPost devrait se faire aussi dans les campagnes, qui en ont le plus grand besoin.

Au train où vont les changements, il est à craindre que La Poste ne concerne bientôt plus que les jeunes citadins bien formés. Les personnes âgées, celles qui vivent à la campagne et les personnes à mobilité réduite seront laissées de côté. Acidus, attachée au soutien des services publics comme à ceux qui les ont financés par le biais de leurs impôts – les usagers – vous invite à unir vos forces à nos efforts. Contactez-nous!

Pour Acidus, association citoyenne pour la défense du service public, www.acidus.ch

Opinions Agora Nicole Matthey K. Suisse

Connexion